J'écoute : le vent Je regarde : la mer Je lis : les lignes de la main Je joue : à cache cache Je mange : la vie Je bois : la tasse, comme tt le monde (mais j assume) Je cite : Nonobstant ma bonne volonté, c est avec concupiscence que je conchie les rustres, les pleutres, les goujats, les pisse froids et autres peines à jouir... Je pense : trop Je rêve : éveillé (insomnies obligent) (mis à jour lundi 10 septembre 2007 à 17:25)
« Il y a de par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau, et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C'est pour eux une douleur de chaque jour ; et puis quand ils sont las de souffrir... »
(Alphonse DAUDET - La légende de l'homme à la cervelle en or)
Qu'est-ce que l'intelligence ? On en a peut-être donné des centaines de définitions. Autant dire qu'il n'y en a aucune, ou plutôt que chacun a la sienne.
En dehors de BINET, qui disait malicieusement que l'intelligence est ce que mesure son test, on retrouve dans chaque essai de définition un ou plusieurs aspects de cette faculté impalpable et protéiforme :
- aptitude à comprendre,
- faculté de connaître,
- capacité d'adaptation à des situations nouvelles, de faire des choix,
- instrument d'abstraction, de combinaison, de synthèse, etc..
Pour ma part, je dirais qu'il s'agit d'une mosaïque d'aptitudes mentales :
- où interfèrent la logique, l'intuition, la mémoire et la connaissance (ou la culture),
- et qui donnent à un sujet la capacité de résoudre rapidement un problème auquel il est confronté, ou de s'adapter à une situation.
Le quotient intellectuel (Q.I.) est le rapport entre l'âge mental et l'âge réel du sujet X 100. Les tests de Q.I., sur lesquels je ne m'étendrai pas et qui, de l'avis du plus grand nombre, sont des outils valables d'identification, comportent des questions contraignantes n'appelant qu'une seule bonne réponse, à l'inverse des tests de créativité où le sujet doit fournir le plus grand nombre de réponses pertinentes originales.
Près de 5 % de la population scolaire en France (soit 400 000 enfants environ) présentent un Q.I. supérieur ou égal à 125. La limite la plus communément admise pour parler de "surdoué" est un Q.I. supérieur ou égal à 130 (2 à 3 %). Si le niveau intellectuel des garçons et des filles semble superposable, il paraîtrait qu'il y ait davantage de garçons surdoués que de filles..., mais ces dernières réussissent mieux ce qui rétablit la parité ! Enfin, statistiquement, le Q.I. moyen baisserait avec l'augmentation du rang de naissance dans la fratrie.
L'enfant surdoué est essentiellement caractérisé par la grande précocité de son développement intellectuel, par référence au rythme moyen de développement de l'ensemble des enfants. Le terme "surdoué", proposé par AJURIAGUERRA, est pour certains peu satisfaisant car semblant faire la part belle à l'innéité de l'intelligence, alors qu'il semble illusoire de faire la part entre les gènes et l'influence du milieu.
D'autres les appellent les précoces ; on ignore si l'on parle là d'enfants ou de légumes ! Certains précisent "enfants précoces" ; de mon temps, cela avait une connotation plus sexuelle qu'intellectuelle. "Enfants intellectuellement précoces", c'est mieux mais un peu long. Alors d'aucuns disent les I.P. ou les E.I.P., mais je me refuse à réduire des enfants à un sigle.
J'utiliserai donc souvent le terme "surdoué" et, pour contourner les arguments des tenants de l'inné ou de l'acquis, ou pour les rassembler, je ferai miens les néologismes "douement" et "douage".
Il peut paraître banal de comparer l'Albatros du poète, piteusement empêtré dans ses grandes ailes blanches dès qu'il abandonne les hauteurs pour se mettre au niveau du commun des hommes, et l'enfant dit « surdoué", tellement gêné (pour ne pas dire « handicapé ») par sa haute intelligence qu’il doive parfois inhiber ses potentialités (rogner ses ailes) pour tenter de s'adapter à un système scolaire qu'il trouve souvent peu stimulant pour lui et se faire socialement accepter.
Pourtant, cette image prend un autre relief
- lorsque, d'une part on se réfère à Alice MILLER et son « pauvre enfant riche enfermé dans sa prison intérieure », et à GERAUD qui se demandait s’il fallait couper les ailes des jeunes sujets que l’on déclare géniaux et les condamner à cette prison qu'est la régression intellectuelle et mentale parce qu'ils avaient eu la chance de naître à un très haut degré d’intelligence,
- et lorsque, d'autre part, on sait que le mot « albatros » vient du vocable portugais « alcatraz » qui nous rappelle le célèbre pénitencier de San Francisco dont la réputation assurait que l’on ne pouvait s'en évader... Jusqu'au jour où trois condamnés à la réclusion à vie réussirent l'exploit de s'en échapper, ce qui condamna l’établissement. Toutes les chroniques se rapportant à ce fait-divers mentionnent que ces trois psychopathes, qualifiés de « surdoués » et même de « génies », avaient un quotient intellectuel très au-dessus de la moyenne. On ne les reverra jamais et on a même supposé qu’ils s’étaient fait refaire le visage et avaient changé d’identité !
Le surdoué qui s’inhibe ne cherche-t-il pas lui-même à se cacher et n’être point reconnu ? Et celui qui, au contraire, choisit d'assumer son intelligence, ne court-il pas le risque de sombrer peut-être un jour dans un état de dépersonnalisation psychotique équivalant lui aussi à une perte d'identité ?
Les travaux de Serge TISSERON et Claire DELASSUS, notamment, relient l'inhibition intellectuelle à la notion de secret.
Le secret est avant tout un savoir, savoir d'autant plus précieux qu'il ne doit pas être transmis. Cette fonction de rétention d'un savoir (et par là-même d'appropriation d'un pouvoir) que représente le secret (mot qui a d'ailleurs la même racine que sécrétion ou excrément) renvoie au caractère anal de l’inhibition intellectuelle.
Celui qui veut garder pour lui tous ses secrets, toutes ses pensées, est condamné au repli sur lui-même, à la mort sociale, voire réduit à l’enfermement de la psychose, tous dangers évolutifs qui guettent un enfant précoce en situation de désadaptation et de souffrance.
Ainsi, le secret, comme l'inhibition intellectuelle, revêtent-ils un aspect mortifère que l'on retrouve dans des expressions telles que « emporter son secret dans la tombe », « être muet comme une tombe », « enfouir un secret », etc. « Espérant une vie un peu douce, Antoine prit la résolution de couvrir son cerveau du suaire de la stupidité » écrit Martin PAGE dans son roman « Comment je suis devenu stupide ».
De même, l'expression « mettre au secret » nous renvoie à la notion de prison précédemment évoquée de façon métaphorique pour l'inhibition intellectuelle qui, comme l'emprisonnement, isole le sujet et appauvrit ou annule ses échanges avec le monde extérieur.
Quant au « sceau du secret », mais tout dépend comment on écrit « sceau » (sot ?), il nous renvoie le masque de pseudo-débilité que peut revêtir un surdoué inhibé : ainsi que le dit Molière dans Le dépit amoureux « un sot qui ne dit mot ne se distingue pas d'un savant qui se tait ».
Sans transition, passons de Molière à Hergé et parcourons avec Serge TISSERON « Les Aventures de Tintin ». En caricaturant un peu, c'est le cas de le dire, le Capitaine Haddock nous fournit un bon exemple de la psychopathologie du secret : troubles caractériels, éthylisme, pulsions suicidaires et meurtrières, etc. Une fois le secret de sa filiation élucidé (cf. "Le Secret de la Licorne" et "Le Trésor de Rackham le Rouge"), il ira beaucoup mieux.
TISSERON émet l'hypothèse que le Professeur Tournesol a probablement été, pendant l'enfance, confronté à un secret indicible. Ayant perçu que la recherche de la vérité lui était définitivement interdite, il aurait sublimé dans le domaine de la recherche scientifique où la quête de la vérité devient légitimée. Timide, introverti, docile, fantaisiste mais génial, il est devenu hermétique à toute autre vérité que la sienne par une surdité qui est, somme toute, un moyen comme un autre de se défendre.
Quant à Tintin, qui décrypte (sort de la tombe) avec brio toutes les énigmes, s'il n'est pas intellectuellement inhibé, c'est au prix d'un renoncement à une grande partie de son affectivité, n'ayant ni vie amoureuse ni enfant.
Nous ne nous attarderons pas sur les Dupont (d) qui prouvent combien la bêtise, je dirais même plus, la folie, peuvent parfois servir de paravents protecteurs.
Mais revenons aux enfants surintelligents. Peut-on parler de liberté (puisque c'est de cela qu'il s'agit) lorsqu'ils se trouvent réduits à choisir entre deux souffrances ? Ou bien faire pénitence et purger leur peine (au sens affectif du terme) à perpétuité, en renonçant à leurs potentialités et en développant un sentiment de frustration. Ou bien tenter de s'évader, de fuir dans la solitude, la psychose ou le suicide, de se désolidariser de leur milieu, et de paver leur pseudo-liberté au prix de la marginalisation et de la culpabilité. S'adapter ou être exclu.
Pour KIERKEGAARD, « l'apprentissage véritable de l'angoisse est le suprême savoir ». Des enfants doués, riches de potentialités intellectuelles et créatives, ne réussissent pas. Il s'agit là, en apparence, d'un paradoxe qui interroge, même s'il ne concerne qu'une relativement faible population d'enfants. Ils ne réussissent pas et ils souffrent. Il est dit dans L’Ecclesiaste que « qui accroît sa science, accroît sa douleur ». Et vice versa pourrait-on ajouter. « L'indolent » (qui ne souffre pas par définition) devient « maladroit et honteux ». Cette souffrance est parfois telle qu'il devient vital pour eux de renoncer à l'exercice de leur intelligence. C'est l'inhibition intellectuelle.
Il ne s'agit pas là d'une perte définitive du potentiel, d'une « lampe qui s'éteint », comme on peut le voir par exemple dans les états démentiels, mais d'une simple « baisse de tension » avec déficit momentané et récupérable de l'efficience.
En 1984, nous avons soutenu une thèse de Médecine sur les enfants intellectuellement précoces. Notre travail avait pour cadre un internat Médico-pédagogique d'Aquitaine où, sur 600 enfants admis entre 1958 et 1976, 145 avaient un quotient intellectuel supérieur ou égal à 130. Près de 65 % d'entre eux présentaient une inhibition intellectuelle responsable de difficultés scolaires avec retards parfois conséquents.
Pour en mesurer l'importance, le Docteur PRAT, Fondatrice de l'établissement, avait établi 3 courbes :
- la première, en forme de courbe de GAUSS, concerne une population scolaire traditionnelle,
- la seconde reproduit la répartition des quotients présentés lors de l'admission par l'échantillon de 145 enfants,
- la troisième situe les quotients présentés à la sortie par ces mêmes enfants après un séjour moyen de 2 ans.
Si nous comparons ces 3 courbes, nous observons que :
- la courbe 3 est nettement déplacée vers les gros quotients par rapport à la courbe 1,
- la courbe 3, par rapport à la courbe 2, reprend l'allure d'une courbe de GAUSS,
- entre les courbes 2 et 3 existe une zone importante (hachurée) correspondant à des enfants
considérés à l'entrée comme d'intelligence moyenne ou même médiocre, alors qu'il s'agissait en réalité
d'enfants ayant une intelligence brillante ou supérieure. Leur existence était en quelque sorte « masquée » par l'inhibition intellectuelle que ce graphique permet de visualiser.
Car, et c'est ce qui est surprenant, l'inhibition intellectuelle, qu'elle soit globale ou en secteur, peut se lever aussi brutalement qu'elle s'installe et ceci engage la responsabilité des enseignants, éducateurs et thérapeutes amenés à s'occuper de ces enfants. En prenant quelques exemples tirés de notre étude, nous pouvons constater que les écarts observés entre les quotients présentés à l'entrée et ceux obtenus à la sortie sont parfois considérables :
- Yoann Q.I. de 119 à l'entrée, de 178 à la sortie = + 59 en deux ans de séjour ! « S'est bougrement bien défendu » écrivait le médecin qui nous confiait cet enfant. Défendu oui, mais à quel prix ?
- Franck de 88 à 137, soit + 49 en trois ans de séjour. Considéré comme arriéré à l'école primaire, son institutrice disait de lui « de toutes façons, il ne fera jamais d'études secondaires ». Il est devenu électrotechnicien et gérant d'une société de télématique.
- Elisabeth : de 101 à 140, soit + 39 en deux ans. Dès l'entrée à l'école, elle est apparue comme incompréhensible à ses maîtres et nous était adressée pour « obtusion intellectuelle ». Elle obtiendra un DEUG de Lettres Modernes.
- Lionel : de 119 à 151 (+ 32). A son admission, il vient d'échouer à l'entrée en 6ème. « Peu de moyens » disait-on de lui. Au bout de deux ans, il sera admis en 4ème .
- Patricia : de 106 à 136 (+ 30) en neuf mois de séjour seulement. Sa mère cachait les livres car elle les lisait tous. « J'ai enfin trouvé mon milieu » dira-t-elle.
- Jean-Michel : à son admission, son Q.I. n'est pas chiffrable et il a au moins trois ans de retard scolaire. A sa sortie, son Q.I. est de 132 et son niveau scolaire normal. A six ans, il était considéré comme « un peu crétin », à neuf ans comme « arriéré » et il suivait des cours dans un foyer de l'enfance inadaptée avec des résultats catastrophiques. Il confiera : « je croyais que j'étais comme un pneu crevé ; je m'aperçois que je n'étais que dégonflé ! » Il décrochera un Bac Technique et sera agent commercial.
Nous pourrions ainsi multiplier les exemples, mais nous nous attacherons plus précisément ici à analyser le contexte social qui, en amont, pousse l'enfant à être l'acteur de cette inhibition, ce contexte social, égalitaire et castrateur, qui confond volontiers égalité et équité.
Il n'y a que deux façons de fuir une castration venue du dehors : maîtriser ce dehors ou se l'infliger soi-même. Le dilemme est là : se méfier de l'Amour ou se méfier du Savoir, ce Savoir, fruit défendu de l'arbre de la connaissance que le livre de la Genèse nous recommande de ne pas manger. C'est à ces niveaux que nous situerons les deux pôles, passif et actif, subi et agi, de la souffrance de l'enfant surdoué, c'est-à-dire l'enfant face au corps social et l'enfant face à lui-même.
Non seulement « personne ne songe à plaindre les gens intelligents » (Martin PAGE), mais encore le milieu (familial, scolaire, social en général) exerce une sournoise prégnance sur l'enfant intellectuellement précoce. Dans notre expérience, moins de 1% des parents reconnaissaient l'intelligence supérieure de leur enfant. Les enseignants, non formés ou non informés sur ces questions, ne les identifient généralement pas. Le système pédagogique lui-même, égalitaire et standardisé, est injuste au sens de la véritable équité. Ainsi que le dit SEVE : « une véritable égalité des chances de développement intellectuel entre des enfants inégaux exige un enseignement lui-même inégal selon les individus, adapté à chaque cas pour être efficacement compensateur ». Alors peut-être faudrait-il donner aux enseignants les moyens, non pas d'apporter au maximum de leurs élèves un niveau minimum nécessaire et suffisant, mais de tous les aider, surdoués ou non, à utiliser au mieux leurs potentialités. Dans un milieu scolaire inapte à satisfaire sa faim d'apprentissages et sa soif de connaissances, l'enfant va devenir distrait, rêveur (internalisation des conflits) ou au contraire turbulent (externalisation, agir faute de dire) pour se défendre contre l'ennui d'un environnement peu stimulant pour lui.
A cela se superpose ce que Jean-Charles TERRASSIER nomme « l'effet Pygmalion négatif » : le maître, ignorant la précocité intellectuelle de l'élève, attend de lui une efficience scolaire moyenne, bien inférieure à ses possibilités. Le préjugé du maître constitue là un frein majeur à l'expression du potentiel de l'enfant. Cet effet Pygmalion négatif peut également être d'origine familiale ou sociale et présente en outre une dimension interne : « dans la mesure où l'enfant élabore une représentation de Soi en partie en se fondant sur l'image de lui-même que lui renvoie un environnement inapte à identifier ses possibilités, il lui sera très difficile de se découvrir et de s'assumer précoce ».
La Société en général exerce un véritable ostracisme vis-à-vis des enfants surdoués. Cette exclusion du meilleur était, historiquement, une procédure en usage à Athènes permettant aux membres de l'ecclesia de bannir un homme dont on redoutait la puissance ou l'ambition. Cet ostracisme social est sans doute sous-tendu par ce que Robert PAGES appelle la « noophtonie », à savoir une rivalité envieuse et jalouse par rapport à l'intelligence d'autrui.
En renonçant à ses aptitudes intellectuelles, l'enfant essaie d'abord de se protéger contre l'incompréhension et la marginalisation. Il soigne en quelque sorte sa « dyssynchronie sociale », mais tente peut-être aussi de « resynchroniser » artificiellement intelligence et affectivité. Il se recrée un nouvel équilibre moteur, affectif et intellectuel par une série de contre-investissements (refoulement, répression) ne laissant aucune énergie disponible pour le fonctionnement intellectuel. « Il ne s'agit pas de renoncer à la raison gratuitement : le but est de participer à la vie en société... Après une étude minutieuse de mon cas, j'en ai déduit que mon inadaptation sociale vient de mon intelligence sulfurique » écrit encore Martin PAGE.
Voyons à présent comment l'enfant réagit à cette absence de stimulations positives de son environnement qui crée les conditions d'un véritable phénomène de désafférentation sociale. De la défense intellectuallisée, il lui faut passer à l'intelligence défendue, interdite.
« Tu veux dire que tu as été stupide d'essayer d'être si intelligent et que devenir un peu stupide, c'est ça qui serait intelligent... » dit un personnage de Martin PAGE. Les enfants de quotient très élevé érigent en puissant système de défense l'intelligence et le savoir théorique. C'est l'intellectualisation, froide et rassurante, décrite par Anna FRELM. Elle leur évite, comme le précise Aaron CORIAT, de sombrer dans l'angoisse incontrôlée et la décompensation. Lorsque ces défenses deviennent insuffisantes, l'enfant peut en arriver à renoncer à ses aptitudes intellectuelles. D'autant que donner le même menu à tous les enfants conduit certains à l'indigestion alors que d'autres restent sur leur faim. Une trop grande inadéquation entre les apprentissages proposés d'une part, et l'appétit intellectuel et le rythme d'acquisition de l'enfant d'autre part, poussera ce dernier à inhiber ses potentialités pour s'adapter. Il devient « l'infirme qui volait » dépeint par BAUDELAIRE. Alors, intellectualiser ou s'inhiber ? Se défendre ou s'interdire ? Nous y reviendrons, mais la question n'est-elle pas au fond de savoir dans l'intelligence-refuge ce que cachent les mots, et dans le refus de l'intelligence ce que cache le silence ?
Il serait trop simple de penser que « le pauvre enfant riche » d'Alice NULER puisse, en s'inhibant, vérifier le dicton : « heureux les simples d'esprit ». D'autant que l'édification de sa « prison intérieure » pourra déborder l'intelligence pour venir perturber la maturation émotionnelle. Et elle pose la question : « l'adaptation s'accompagne-t-elle toujours de dépression ? »
Le sentiment de perte induit par ce renoncement ne s'applique pas aux facultés intellectuelles elles-mêmes considérées sous leur aspect fonctionnel, mais à l'intérêt que le sujet leur porte. Cette nostalgie témoigne bien d'un surinvestissement plutôt que d'un désinvestissement et certains auteurs en font une forme particulière « d'hypocondrie des intellectuels ». L'enfant situe son symptôme dans le domaine qui est le plus investi, et l'inhibition intellectuelle ne s'ajoute pas à la dépression, elle est la dépression.
En muselant l'expression de son intelligence, ce qui revient à un abandon du vrai Soi, l'enfant développe ce que l'on pourrait appeler une « anorexie intellectuelle », véritable équivalent dépressif, voire suicidaire, puisqu'il s'agit là d'un retournement agressif contre soi-même, d'une automutilation. Ce processus endogène actif, généré par les instances psychiques du sujet et qui reflète un besoin d'internalisation des conflits, conduit à une « paralysie intellectuelle » prenant le même aspect fonctionnel que les paralysies hystériques. Pour certains, il s'agit d'une véritable « attaque » intérieure contre l'intellect, source des malheurs du sujet. L'enfant passe ainsi d'une inadaptation créatrice à une adaptation régressive et morbide, d'une intelligence sidérante à une efficience sidérée pouvant prendre l'aspect d'une pseudo-débilité dans laquelle l'indicible pourrait prendre les traits de l'impensable. Il renonce, baisse les bras, replie piteusement ses ailes, mais son intelligence perdure, engourdie, tel un talent latent chez un talentueux transi. Robert PAGES parle de chômage cérébral et intellectuel. Cette « fossilisation » intellectuelle survient donc à chaque fois qu'une expérience douloureuse et pénible n'a pu être mise en mots, et surtout à chaque fois que ce vécu mortifère n'a pu trouver d'écho chez une autre personne. Le sujet évite de puiser dans ses potentialités qui demeurent. Ce n'est pas le puits qui est trop profond, c'est la corde qui est devenue trop courte. Une intelligence superficielle ne prémunit-elle pas contre les découvertes en profondeur ?
Dans un milieu éducatif adapté, empathique, et avec l'appoint éventuel d'une psychothérapie, l'enfant pourra réinvestir l'intellect et réutiliser ses facultés. Nous constatons alors, comme nous l'avons vu, une remontée parfois spectaculaire de la mesure du quotient intellectuel. Ce dernier n'indique donc que l'efficience du sujet au moment du test, son niveau véritable pouvant être bien au-delà de ce chiffre mais jamais en deçà. Le Q.I. réel d'un sujet est relativement stable, dans les limites de la détérioration physiologique qui nous concerne tous à partir de 25 ans environ. Ce qui peut par contre varier, c'est l'expression du potentiel qu'est le Q.I., à savoir l'efficience. Celle-ci sera maximale lorsqu'elle avoisinera le potentiel réel de l'enfant, mais elle pourra être abaissée en raison de divers facteurs dont l'existence, au moment du testing, d'une inhibition intellectuelle. Pour toutes ces raisons, l'évaluation du Q.I. devra servir l'enfant, en aucun cas le desservir, et surtout pas constituer l'unique indice d'un pronostic scolaire.
A ce point de la réflexion, il semble important de rappeler le « syndrome de dyssynchronie », déjà évoqué, décrit par Jean-Charles TERRASSIER et, en particulier, la dyssynchronie interne propre à l'enfant surdoué. L'anisauxie observée entre une intelligence très avancée et une relative immaturité affective ne permet pas à l'enfant d'assimiler de façon économique les nombreuses informations, souvent anxiogènes, auxquelles sa maturité intellectuelle lui donne accès. L'enfant lui-même ressent ce décalage inhérent, cette dysharmonie intrinsèque et il en résulte pour lui un sentiment « d'étrangèreté ». Il est « curieux », dans les deux sens du terme
Nous savons par notre pratique que l'intolérance de notre société et la rigidité de notre système éducatif peuvent entraîner, selon l'âge, le sexe et la personnalité de l'enfant des troubles pouvant aller de la simple anxiété jusqu'aux affections psychosomatiques, de difficultés névrotiques mineures jusqu'aux bouffées délirantes, des conduites addictives jusqu'à la psychopathie, de la dépression réactionnelle jusqu'au suicide. Martin PAGE écrit que « l'intelligence est un double mal : elle fait souffrir et personne ne songe à la considérer comme une maladie ». Ainsi que le disait FREUD, « de tous temps, ceux qui avaient quelque chose à dire et ne pouvaient le dire sans danger, se coiffèrent du bonnet du fou ». Toutefois, s'il ne faut pas considérer que le potentiel des enfants surintelligents se développe sans faille, il ne faut pas non plus penser qu'il s'agirait d'une forme psychopathologique de la personnalité de l'enfant. N'est pas forcément pathologique ce qui n'est pas dans la normalité statistique. Et, concernant l'inhibition intellectuelle, nous rejoignons Bernard GIBELLO pour la classer dans les « troubles intellectuels sans anomalie des contenants de pensée ».
Bien sûr, le système scolaire n'est pas toujours en cause, ou seul en cause dans la constitution de syndromes tels que l'inhibition intellectuelle chez les enfants surdoués. Interviennent également, ainsi que je l'évoquais précédemment, la structuration de la personnalité du sujet, les difficultés éventuelles de sa petite enfance, la qualité du lien précoce à la mère, l'environnement familial au sens large et sa dynamique, etc.
Parfois tout se mêle, comme dans l'histoire de Christophe, fils unique de parents vite divorcés. Lors de la grossesse, le diagnostic de sclérose en plaques est porté chez la mère. Le père, paranoïaque dépressif, estime être tombé dans un piège lors de son mariage et accuse ses beaux-parents d'avoir voulu se débarrasser de leur fille qui s'adonne à la boisson et devient violente. Six mois après l'accouchement, elle est internée pour troubles mentaux graves. Christophe, jusque là élevé par sa mère chez les parents de celle-ci, est confié à son père qui s'en occupe avec l'aide de la concierge de son immeuble ! Les grands-parents paternels prennent le relais six mois plus tard : la grand-mère a un double glaucome, le grand-père est parkinsonien et souffre d'un ramollissement cérébral ; il pleure lorsque son épouse corrige l'enfant, ce qui n'est pas rare. Isolés dans un petit village et handicapés par leurs infirmités respectives, ils interdisent à leur petit-fils de sortir de crainte d'un accident. A l'âge de 5 ans (nous sommes en mai 68), Christophe va régulièrement rendre visite à sa mère hospitalisée avec son père et assiste là à des scènes très pénibles. Lorsqu'on nous le confie, Christophe est panophobique : il a peur de l'eau, même celle de son bain, du noir, des voitures dans lesquelles il fait des malaises. Il a des terreurs nocturnes, des tendances obsessionnelles, est énurétique et encoprétique. Le père, alléguant que son fils, gaucher contrarié, a la même écriture que sa mère, craint qu'il ne devienne fou comme elle. Abandonnique, immature, en difficultés oedipiennes graves et malgré une inhibition intellectuelle, Christophe n'a pas de problème scolaire patent. L'inhibition levée à distance de ce milieu familial pathogène, il obtient un score de 166 aux tests. Adulte, il devient Agent Commercial à la Caisse d'Epargne mais reste en difficultés affectives, professionnelles, matérielles et même physiques puisqu' atteint d'une affection neuromusculaire. Malgré tout, il continue de se battre et consacre ses loisirs à la pratique de la boxe !
Jean-Louis n'a pas eu de chance dès le départ lui non plus. Sa mère ayant présenté des vomissements gravidiques, on lui administra de la Thalidomide. L'enfant naît avec de graves malformations au niveau des pieds et des mains où les chirurgiens lui confectionnent des pinces. La mère, très culpabilisée, se montre surprotectrice et par là-même inhibante. Jean-Louis refuse l'école et accuse un retard d'un an. En un an de séjour, il s'autonomise et comble son retard avec un quotient de 134. A sa sortie de l'établissement, ses parents l'inscrivent dans une école située à 50 mètres de leur domicile. Très vite, l'enfant demande à être replacé dans un internat. Dès son adolescence, il se passionne pour la montagne. Sa vocation est si forte que l'idée d'attendre la fin de ses études pour réaliser son rêve lui est insupportable et qu'il envisage même le suicide. Heureusement, il sera patient. Il est maintenant très épanoui, fait de la haute-montagne et a vaincu, entre autres, l'Everest !
La mère de François, fille d'un administrateur colonial, est enseignante à Hanoï. Elle épouse un officier et, très vite, François est conçu. Alors que la mère est enceinte de trois mois, le couple regagne la France, mais l'avion qui les rapatrie s'abîme en mer. Après plusieurs heures passées dans l'eau glaciale à se soutenir mutuellement, un bateau les repêche, mais le père succombe à une syncope sur le pont du navire qui vient de les sauver. François naît six mois plus tard. Sa mère, en mauvais termes avec ses parents et beaux-parents, doit reprendre son travail et confier son fils, à contrecœur, à une gardienne. Il a deux ans et elle ne le voit qu'une fois par semaine. Ne souffrant plus d'être séparée du seul lien affectif qui lui reste, elle le reprend avec elle et le « couve » jusque dans son propre lit. François devient énurétique et se révèle un véritable tyran domestique. Il présente des troubles importants du développement affectif, un repli narcissique face à une mère hyperprotectrice et une inhibition intellectuelle. Cette dernière levée, son efficience rejoindra le niveau de ses potentialités, à savoir 140, et il deviendra plus tard lui-même enseignant pour enfants en difficultés.
Pour illustrer l'anorexie intellectuelle, évoquons enfin le cas de Jacqueline chez qui le symbolisme oral foisonne. Hospitalisée de deux à six mois pour toxicose avec troubles digestifs graves, Jacqueline fera toujours l'objet de conduites rigides concernant l'alimentation de la part de parents très anxieux. Anxieuse elle-même, mal dans sa peau, très instable en classe, l'institutrice l'attache avec une ficelle à sa chaise et, trouvant qu'elle parle trop, lui met du sparadrap sur la bouche ! On lui reproche de lire trop vite et « d'avaler » la moitié des mots. Pas étonnant dans ces conditions que Jacqueline développe une inappétence scolaire et accuse un retard. Lors de son admission, elle présente une problématique anorexique sur tous les modes, y compris intellectuel, en réaction à une mère pathogène. Le seul « sevrage » maternel par le biais de l'internat lui permettra de réinvestir son intellect (Q.I. de 140) et de rattraper son retard, devenant quasi boulimique envers la scolarité : à tout hasard, note son instituteur, elle apprend tout par cœur. Plus tard, elle obtiendra un Bac C et une Licence de Chimie.
Tous les personnages et événements décrits dans ces courts-métrages ont réellement existé. Toute ressemblance avec les surdoués que vous côtoyez à la maison, dans vos classes ou vos cabinets serait bien entendu involontaire, en tout cas fortuite, et vraisemblablement abusive. Pas d'affolement donc...Faites attention quand même !
Nous avons vu que s'inhiber intellectuellement pour un « surdoué », c'est se défendre. C'est aussi s'interdire, et si ces deux verbes peuvent paraître synonymes, ils recouvrent cependant des approches différentes. Pour parler d'interdiction, il faut faire appel à des concepts psychanalytiques que nous laissons aux spécialistes le soin de développer, mais dont nous allons essayer de dire quelques mots en nous référant essentiellement aux travaux de FREUD et de Mélanie KLEIN.
La soif de connaissance dérive de la curiosité sexuelle infantile et la culpabilisation de cette curiosité, et par là-même de toute tentative d'investigation, va entraîner des refoulements précoces pouvant altérer définitivement toute une catégorie de processus intellectuels.
Dans l'inhibition intellectuelle, les potentialités restent présentes, mais elles sont l'objet d'une limitation fonctionnelle générée par une interdiction du Surmoi. FREUD lui donne la valeur d'un mécanisme très général de défense visant, à l'origine, à maintenir les interdits sexuels. Ainsi, le Moi renonce-t-il à des fonctions qui sont à sa disposition pour ne pas rentrer en conflit tant avec le Ça qu'avec le Surmoi, l'assimilation ou 1'usage des connaissances prenant la signification d'une réalisation des désirs oedipiens de rivalité et de satisfaction libidinale. Il y a érotisation de la pensée qui est par là-même culpabilisée et inhibée. C'est ainsi que la culpabilité et la crainte de castration dues à une sexualisation de l'apprentissage provoquent fréquemment des échecs aux examens, la tête étant souvent investie, grâce au mécanisme de déplacement, d'une signification phallique.
On peut rappeler les écrits d'ABRAHAM, signalant le lien entre avidité intellectuelle et oralité et entre réticence, rétention et analité. L'ingestion de connaissances est aussi rapportée à la reviviscence d'un conflit oral mal dépassé rendant toute incorporation angoissante : c'est l'inhibition intellectuelle à ingérer (stade oral). L'inhibition intellectuelle à produire (stade anal) traduit souvent l'opposition devant les exigences de l'autorité, le refus du cadeau fécal (ne dit-on pas d'ailleurs vulgairement « pondre un devoir » ?). L'acte du don est inversé en une rétention pouvant être érotisée et revêtant le sens d'une frustration imposée à la mère.
A propos du renoncement de l'enfant surdoué à exploiter ses prodigieuses capacités, Mélanie KLEIN, par référence à la question du renoncement à la toute-puissance, situe le problème de l'inhibition intellectuelle par rapport à l'investissement narcissique, Beaucoup d'enfants se trouvent décontenancés (ne dit-on pas d'ailleurs « rester interdit » ?) de ne pas savoir lire ou écrire d'emblée, ou d'être incapables de résoudre un problème instantanément. Comme le souligne Bernard GIBELLO, à partir d'un certain niveau un effort devient nécessaire et ces enfants, n'ayant pas appris à apprendre tant tout était facile pour eux jusque là, ignorent la nécessité et la pratique de cet effort. Dans l'impossibilité de supporter la blessure narcissique de ce qu'ils considèrent déjà comme un échec sans avoir pu essayer de le surmonter, ils vont se réfugier dans des conduites de fuite variées. Ainsi, la nécessité d'intégrer des données nouvelles mettant en cause le fonctionnement intellectuel habituel du sujet, qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte d'ailleurs, peut-il constituer un danger pour le narcissisme et l'estime de Soi.
On comprend ainsi nombre d'inhibitions qui s'installent à des moments très variables la première fois que des enfants doués vont se trouver confrontés à leur première difficulté intellectuelle. Ayant pu maintenir leur fantasme de toute-puissance jusqu'à un certain stade de leur scolarité, ils se trouvent tout à coup désarmés par la nécessité de se remettre en question. Ajoutons que lorsque le narcissisme des parents est très impliqué dans la réussite de leur enfant, ce dernier risque d'intérioriser un Idéal du Moi inaccessible le mettant en position de blessure narcissique permanente.
LE RETOUR DE L'ENFANT PRODIGE :
Nous avons tenté de comprendre les tours et détours de l'enfant prodige et pour cela essayé de savoir, par le biais d'une étude longitudinale, ce qu’étaient devenus les 145 sujets déjà évoqués et dont les séjours étaient motivés par des difficultés psychoaffectives, comportementales, éducatives, scolaires ou psychosomatiques, voire par des troubles de la personnalité.
Les sujets ayant été retrouvés et ayant accepté de participer à un protocole de recherche (près d'une centaine), âgés de 20 à 41 ans, ont rempli un questionnaire standardisé, passé des tests d'intelligence et de personnalité et ont été reçus en entretien. L'analyse, encore partielle, des résultats, réalisée avec le concours du Professeur PAGES et de Madame VALLET, montre que ces sujets se particularisent par une vulnérabilité extrême : 65 % d'entre eux ont un passé ou un présent médico-psychologique chargé (troubles du sommeil, conduites addictives, hospitalisations répétées, dépressions, tentatives de suicide ... ). Le taux de mortalité par maladie, accident (parfois mal expliqué) ou suicide est anormalement élevé chez les hommes (2 à 3 fois supérieur à la moyenne nationale), surtout chez ceux dont le Q.I. dépasse 140.
Leur insertion sociale est difficile et souvent originale. Les plus brillants d'entre eux ont une sensation forte de marginalité, ou du moins le sentiment d'être différents des autres. Leur vie professionnelle présente une régression par rapport au statut professionnel global de leurs parents, et une modestie nette par rapport à ce à quoi ils auraient pu prétendre compte tenu de leurs dispositions intellectuelles. Les professions précaires ou peu courantes sont privilégiées. Ils semblent de plus être porteurs de valeurs qui les particularisent : pas de recherche de l'argent ni de la réussite sociale en général, valorisation par contre de la solitude, du temps libre, des loisirs, du retour à la nature et évitement de la routine et des contraintes hiérarchiques.
Le taux de nuptialité observé chez eux est plus bas que dans la population française moyenne de même âge, surtout chez les femmes. Celles-ci manifestent des difficultés aussi bien au niveau du choix d'un conjoint que pour mener à bien une vie de couple. Le taux de fécondité est anormalement bas, 3 fois moindre que les statistiques générales ne l'indiquent.
Les sujets les plus brillants (Q.I. supérieur ou égal à 140) se distinguent nettement des autres, ce qui permet d'esquisser un profil psychologique les concernant : tendance forte au pessimisme, au négativisme, vulnérabilité particulière sur le plan médico-psychologique, extrémisation des attitudes, sentiment important de marginalisation sociale, utilisation privilégiée du paradoxe et de la métaphore dans les réponses aux questions.
A l'occasion de cette reprise de contact, une ancienne pensionnaire de l'établissement nous a adressé une lettre. Avec son autorisation, j'aimerais vous en livrer un large extrait, non pour les remerciements qu'elle adresse à ceux qui l'ont aidée, mais pour l'illustration qu'elle apporte à la souffrance que peuvent vivre certains enfants surintelligents.
Marie a présenté, enfant, une inhibition intellectuelle qui aurait pu passer inaperçue puisqu'à l'âge de 7 ans son Q.I. était de 132 ; trois ans plus tard, il atteignait 175.
Cette lettre, à elle seule, aurait pu constituer l'essence de cet exposé. Elle en reprend les thèmes essentiels avec infiniment plus de talent, c'est le cas de le dire, y ajoutant la dimension irremplaçable du vécu et de l'émotion.
« Bonjour ! J'ai reçu votre lettre cette semaine et j'ai eu peur. Peur, parce que justement je suis à un moment où je me pose des questions quant à mon devenir et que ce n'est pas aussi simple que ça. 27 ans, pas de diplôme, dans une société en redressement judiciaire qui, vraisemblablement, ne se relèvera pas. Et là, question : qu'est-ce que je vais faire ?
Bien sûr, je pourrais me dire : c'est ta faute, tu n'avais qu'à étudier. Mais non, je ne peux pas. Parce que au moment où j'étudiais, la seule question qui venait, c'était : je continue à vivre ou je quitte la galère ? Alors il va sans dire que me dire je veux être ceci ou cela, c'était impossible. L'intelligence n'est pas seule en cause. Il y a le milieu familial, l'école, les gens, la vie et ce moi génétique qu'il est difficile de comprendre quand on ne sait plus qu'on existe.
L'étude que vous avez entreprise est capitale pour moi j'en avais d'ailleurs parlé plusieurs fois. Je sais qu'il y a (pour moi) derrière cela un moyen de dire regardez à côté de quoi vous êtes passés, regardez ce que vous avez fait de moi ! Mais que suis-je ? Quelqu'un qui prend la vie à bras le corps en permanence. Quelqu'un qui jouit à pleins poumons de la profusion de splendeurs qui nous entourent. Quelqu'un qui veut vivre debout, en harmonie avec soi-même et les autres, qui a de grandes idées sur la justice, la paix, l'esthétisme, etc. Au bout du compte, c'est pas mal. Chaque jour qui passe me fait aller vers ce but, la quête de l'absolu j'ai un côté Chevalier de la Table Ronde.
Bien sûr, c'est pas tout rose. Mais pour en arriver là, mesurez-vous la souffrance à la limite du physique qu'il a fallu endurer ? Le goût du sang dans la bouche, les muscles qui se tordent et ne veulent pas retrouver leur position adéquate, ce trou au ventre, l'écrasement du corps en permanence et l'esprit qui déforme à loisir toutes choses en noirceur, putréfaction, vide et Mort. Et la peur ! Et le dégoût de soi ! Et cette pensée obsédante d'être là où on n'aurait pas dû être, là où personne ne veut que vous soyez. Et cette tête qui ne s'arrête jamais de décortiquer, d'analyser, de scruter, de supputer et de se planter lamentablement au bout du compte. La voilà la peur qu'a déclenchée la lettre, que la mémoire revienne, d'avoir à repenser à tout cela. Car j'ai encore peur. Je sais la fragilité de mon équilibre, mais il faut affronter pour dépasser. Cela fait seize ans que j'analyse les choses, les gens et moi (surtout). On me dit toujours : tu réfléchis trop. Non, car je ne cherche pas à réfléchir, ça se fait tout seul. Et puis est-ce que ça ne serait pas les autres qui ne réfléchiraient pas assez ?
Je ne cherche aucune satisfaction claironnante et personnelle dans le travail que vous menez. La seule chose qui m'intéresse, c'est que plus jamais on ne fasse subir à un enfant ce que j'ai subi (ainsi que d'autres, c'est certain). On ne peut pas laisser souffrir les gens comme ça et, là, on applique la non-assistance à personne en Danger. Et pourtant, le danger existe. Destruction de soi et la folie ! Parlons-en de cette distorsion de la réalité, et quand après des années passées à se taper la tête contre les murs, à se mordre, à se vomir, à boire, à se dégrader on s'en sort, on se dit : comment ai-je pu être comme ça ? Etait-ce bien moi ? Et là interviennent les témoins du passé. Parce que cette expérience vous a appris qu'il est une chose fondamentale dans la façon d'appréhender autrui, c'est de lui laisser toujours une chance de devenir, d'évoluer. Mais les yeux des autres restent rivés à ce qu'ils ont connu de vous sans vous laisser la moindre chance d'être ce que vous vivez. C'est un peu l'histoire du fou qui se prend pour un grain de blé et qui un jour dit : je suis guéri. Mais les poules le savent-elles ? Avec les humains, c'est autre chose. Vous, vous savez que vous êtes autre, et eux vous voient comme ils vous ont vu, sans chercher à savoir ce que vous êtes devenu.
Il n'est nullement question pour moi de m'appesantir sur mon sort, de pleurer sur moi, de me plaindre. Mais le mal est encore trop frais. Je suis encore trop marquée par ces années qui ont été si dures. C'est peut-être aussi un moyen de les faire sortir. De toutes façons, on ne peut pas revenir en arrière. Je ne suis pas responsable de ce qui m'est arrivé, mais je le serai si je ne fais rien pour aller au-delà.
A ce point de la réflexion, il est un élément très important que je voudrais voir éclaircir. Toute cette souffrance est liée pour une grande part à une sensibilité exacerbée. Mais quels rapports entretiennent l'intelligence et la sensibilité ? Ma sensibilité est tellement forte que je ne peux pas aller au cinéma tant les réactions sont violentes. Certains livres me font le même effet. Je ne vois pas la corrélation avec l'intelligence qui pourtant, à bien réfléchir, est, comme la sensibilité, quasi physique. En somme, peut-on être moins sensible ?
En dehors de tout ça, je vais bien. Mon jardin est splendide et c'est un plaisir immense pour moi de voir jour après jour apparaître puis exploser les bourgeons. Voir les feuilles grandir, changer de couleurs, devenir plus vigoureuses. Ça donne la paix à l'âme. Et puis les mésanges dans le prunier, les jacinthes sauvages qui embaument. Juste respirer l'air et tous les parfums qu'il charrie. Et écouter Miles DAVIS qui a les parfums du vent dans sa trompette, et lire Jorge AMADO qui a une écriture odorante, tactile, sonore, juteuse, sucrée comme si les mots dans les yeux faisaient sentir le goût dans la bouche d'une mangue mûre. C'est ça le génie, car il y a l'amour des êtres, de la terre, de la vie. Même les mots acérés, les encoignures littéraires de Jean GENET touchent à cette perfection naturelle.
Alors oui, je vis bien. J'irais même jusqu'à dire que je suis heureuse et que chaque jour qui passe me rend meilleure et mieux. Qu'est-ce que ça va être dans dix ans ? Le Paradis. J'ai la chance d'être moi, d'arriver progressivement à sentir en moi toutes les richesses et possibilités que j'ai tant refusées. Ces possibilités m'ont donné l’opportunité de rencontrer des gens extraordinaires. Si Dieu existe, il est grand. Mais si, comme je suis tentée de le penser, nous sommes Dieu, alors nous sommes grands, forts et beaux. Et la vie que je ne voulais pas, je la prends, je la vis, j'en jouis et je m'extasie. Et je vous dis merci à tous d'avoir pendant trois ans semé en moi ce qui m'a permis de survivre à ce calvaire, là certitude que vous m'aidez, que vous ne doutiez pas de moi. Lorsque je suis partie, j'ai tellement rêvé de revenir que c'est devenu mon jardin d'Eden.
La dernière fois que je suis venue, j'ai regardé les enfants derrière la fenêtre du hall. Ils me voyaient et je sais qu'ils pensaient : je voudrais être à sa place. Et ils ne pouvaient pas supposer que je voulais être à la leur. Aujourd'hui, je veux être à la mienne parce qu'il y a des choses que je veux faire que je ne pouvais pas faire à 8 ans et puis parce que, à ce jour, je suis une jeune femme de 27 ans qui sait que le passé est passé et que seul l'avenir compte. Et que si je ne devais avoir qu'un seul but dans la vie, ce serait à mon tour d'avoir des enfants. Maintenant j'ai le droit parce que j'ai accepté de grandir, et que je ne veux pas d'enfants pour m'assurer d'un quelconque amour. Non, je veux les assurer du mien, ce qui est très différent, et accomplir le cycle de la vie en la perpétuant pour que la vie continue à vivre...
Trois ans plus tard, dans un nouveau courrier, Marie nous apprend qu'elle attend un enfant...
ÉLÉMENTS DE PRISE EN CHARGE :
=> Toutes ces considérations devraient questionner tous ceux (parents, enseignants, éducateurs, psychologues, médecins ... ) qui sont confrontés à ce type d'enfants, parfois sans le savoir, et au-delà d'eux le législateur. De leur prise en compte à leur prise en charge, notre souci doit être de réunir les conditions d'un douage harmonique leur permettant la réalisation de leur idiosyncrasie.
=> Les enfants intellectuellement précoces présentent certaines caractéristiques et on a défini des critères plus ou moins subjectifs dont l'association peut permettre, pour un esprit averti et attentif, de les identifier :
- apprentissage précoce et rapide de la lecture avec richesse du vocabulaire,
- avidité pour la lecture, surtout des dictionnaires et encyclopédies,
- difficultés grapho -motrices fréquentes et répugnance pour l'écrit, la main ayant du
mal à suivre le rythme de la programmation mentale,
- tendance à avoir des camarades plus âgés et à aimer dialoguer avec les adultes,
- posent beaucoup de questions, notamment sur les origines de l'Univers,
- jugent volontiers les gens et de façon perspicace,
- sont très sensibles aux injustices,
- ont le sens de l'humour,
- ont horreur de la routine,
- aiment les jeux de stratégie compliqués,
- préfèrent travailler seuls.
=> Il faut dire que ces enfants sont en général pénibles pour leur entourage ; ils n'arrêtent pas de poser des questions, le plus souvent pertinentes et parfois jugées impertinentes. En classe, ils sont rarement interrogés parce qu'ils savent tout et qu'il faut laisser répondre les autres. Ils apprennent plus vite ou savent déjà. Quand ils ne savent pas et interrogent, on leur répond la plupart du temps que cela ne fait pas partie du programme et qu'ils aborderont ce sujet dans quelques années... D'où l'ennui qui s'installe parallèlement au rejet. Progressivement, ils perdent tout plaisir à utiliser leur intelligence ou leur curiosité, ou refusent tout apprentissage.
=> NIETZSCHE disait que « l'intelligence est un cheval fou ; il faut apprendre à lui tenir les rênes, à le nourrir de bonne avoine, à le nettoyer et parfois à utiliser la cravache ».
=> L'attitude des parents, éducateurs, enseignants doit constituer un étayage au potentiel d'évolution de l'enfant sur tous les plans, et pas seulement intellectuel, et éviter les excès que sont le freinage ou la sur-stimulation. Ces enfants sont tels des arbres qui ne demandent qu'à s'épanouir en racines puissantes et ramifications nombreuses. Les freiner, ce serait vouloir en faire des bonsaïs en les mettant dans des pots trop petits, en taillant leurs racines et ligaturant leurs rameaux (cf. la castration), en ne les arrosant que très peu et en les sortant le moins possible. Et vous savez la fragilité des bonsaïs ! Les sur-stimuler est aussi nocif, un trop-plein d'engrais les brûlerait précocement. Il convient d'accompagner l'enfant dans une démarche active d'apprendre et de savoir, sans le priver du plaisir structurant de désirer et de réaliser son désir de manière différée. Il est nécessaire de ne pas lui mentir, de lui donner ou redonner confiance en lui et en l'adulte et de l'aider dans son apprentissage de la réalité, à savoir qu'il lui faudra surmonter d'inévitables frustrations, se confronter parfois à l'impossible et être rassuré par l'humble aveu de la non-omniscience de l'adulte.
=> Dans ma pratique, enfants d'intelligence normale et enfants d'intelligence supérieure sont mélangés, en classe et en dehors des classes. C'est une préfiguration de leur future insertion sociale et ça se passe très bien ainsi. On observe d'ailleurs la plupart du temps une certaine solidarité des plus efficients envers les plus faibles. Ils les « tirent vers le haut » et tout le monde y gagne à une époque où l'on réentend parler du tutorat. Alors, classes spéciales ? Je ne sais pas. Il faudra sûrement encore quelques années avant d'avoir une évaluation complète des quelques classes-pilotes qui ont été créées, le plus souvent hélas dans le seul secteur privé. Elles ont le mérite d'avoir été un défi constructif qui suscitera, espérons-le, d'autres réponses pédagogiques.
=> Sans aborder plus avant ici les approches pédagogiques ou éducatives, terminons par quelques notions générales de prise en charge thérapeutique quand, toutefois, elle est nécessaire. L'inhibition intellectuelle de l'enfant demande de la part du thérapeute une attitude active :
- il doit tout d'abord reconnaître l'inhibition, déterminer son champ d'incapacitation intellectuelle (global ou en secteurs), sa variabilité éventuelle en fonction de facteurs à déterminer et son retentissement sur le développement de l'enfant selon l'âge d'installation.
- il doit rechercher les facteurs déclenchants et les facteurs d'entretien tels que le rôle éventuellement inhibant du milieu familial et/ou scolaire.
- il doit évaluer également les bénéfices secondaires procurés par le symptôme.
- il doit enfin décider de la stratégie thérapeutique en concertation avec les partenaires environnementaux de l'enfant : simple déconditionnement du milieu familial et/ou scolaire traditionnel, psychothérapie de soutien, psychodrame, cure analytique, relaxation, thérapie familiale...
L'inhibition intellectuelle est un symptôme dont dépend l'équilibre évolutif de la personnalité et le pronostic social. Une psychothérapie permet de replacer la fonction intellectuelle dans la globalité de la dynamique psychique, de resituer son intrication avec la vie instinctuelle. La réadaptation scolaire sera d'autant plus facile que la prise en charge sera précoce, à un moment où le retard dans les apprentissages ne semble pas encore insurmontable et que le milieu scolaire sera informé, souple et tolérant.
Pour résumer et pour conclure, on peut dire que, dans l'éducation aujourd'hui, le choix accordé au surdoué se résume souvent à la loi du tout ou rien : l'intellectualisation ou l'inhibition intellectuelle. Cette dernière est bien paradoxale, d'un côté système de défense à visée anti-dépressive, de l'autre véritable processus dépressiogène. S'inhiber, en effet, c'est développer un sentiment de frustration mettant en cause le narcissisme du sujet. Ne pas s'inhiber, c'est se désolidariser de son environnement et développer un sentiment de culpabilité.
Alors, il faut rendre la parole à l'enfant, lui donner la possibilité d'exprimer ses difficultés, de les mettre en mots. Plus que l'écouter, l'entendre et l'accompagner. Le prendre tel qu'il vient et lui permettre de montrer, d'épanouir et de solidifier tout ce qu'il y a en lui, non seulement d'intelligence mais aussi d'affectivité et de possibilités physiques. Tenter en quelque sorte de restaurer une harmonie. Pour cela il faut que l'enfant puisse bénéficier d'un milieu, qu'il soit familial, scolaire ou institutionnel, suffisamment solide pour qu'il se sente en sécurité et suffisamment souple pour qu'il se sente libre.
Grâce à un soutien bienveillant et actif, l'enfant-albatros ne doit plus se résigner à n'être que le jouet d'un système dont il est actuellement moins l'acteur que l'otage et moins le bénéficiaire que la victime. Et c'est à nous de décider si ce système doit être celui où il s'emmure ou celui où il se délivre.
La morale de « La légende de l'homme à la cervelle d'or » d'Alphonse DAUDET se termine ainsi : « Il y a de par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau, et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C'est pour eux une douleur de chaque jour ; et puis quand ils sont las de souffrir... »
Vous laissant sur ces points de suspension comme l'Albatros suspend son vol, avec un grand merci pour votre attention soutenue jusqu'au bout de cet article...
Docteur Alain GAUVRIT
(pédopsychiatre, ancien psychiatre des hôpitaux)
(Communication présentée à la conférence-débat organisée par le GARSEP)
Tout petit, je me suis tres (trop) souvent senti comme un vilain petit canard...
A présent, j ai grandi et je me sens comme un albatros ne sachant pas marcher sur la terre ferme...
L'albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
« Une marquise dit un jour au toujours jeune comte de Saint-Germain :
- Mais enfin vous ne dites pas votre âge, et vous vous donnez pour fort vieux. La comtesse de Gergy qui était, il y a cinquante ans je crois, ambassadrice à Venise, dit vous y avoir connu tel que vous êtes aujourd'hui.
- Il est vrai, madame, que j'ai connu, il y a longtemps, Mme de Gergy.
- Mais, suivant ce qu'elle dit, vous auriez plus de cent ans à présent?
- Ce n'est pas impossible, dit le comte en riant. »
Quel est donc ce personnage hors du commun, que ses contemporains ne voyaient pas vieillir, qui prétendait avoir déjeuné en compagnie de Jules César et affirmait avoir «bien connu» le Christ? Un aventurier? Un charlatan? Un authentique alchimiste? Un immortel? Le détenteur de très anciens secrets connus des seuls initiés des mystères de la Rose-Croix?
Week end gris et pluvieux...
Mais bon, l'important était ailleurs. Pas d'habitudes, jamais d'habitudes...
Je rentre sur Paris plus tot, après ce repas avec les cousins.
Le samedi est passé comme une fleche. Arrivée tot, prise en main à domicile par ma coiffeuse préférée, balade en ville...
Après-midi shopping
J'ai vu aussi, en coup de vent, Steph et Lola, mon couple de bi préférées... Ca leur faisait tellement plaisir!
Le soir, match de foot avec le père : sortie entre hommes. C'est amusant ces ambiances de stade, à 1000 lieues de ce que je suis : ça sent la bière et les frites grasses, ça sent l'accent écrasé, l'argot, le populaire, le vrai, le simple... Quand je retourne sur mes terres, c'est toujours ce coté bon enfant qui ressort. La plupart viennent au stade comme on va à une grand messe : ils attendent ça la semaine. Ils emmènent les enfants : traits de peinture sur les joues roses, casquettes trop grandes pour leur chère tete blonde. Tee shirt ou écharpes pour les parents. Quelques femmes viennent adoucir le tableau d'une tribune virilisée. L'agoraphobe misanthrope que je suis déteste les foules, toujours betes et suiveuses. Là, je ne ressens pas le même.
L'équipe a perdu. Ca n'a pas d'importance : c'était la dernière rencontre de la saison de Ligue 1, donc tt était joué. Et puis, meme avec un enjeu, ça ne reste qu'un jeu. C'était un bon moment privilégié de me retrouver en tete à tete avec mon père. Je le sens si souvent curieux de ma vie, de mes secrets. Je l'intrigue parfois. Il ne le dira pas mais son cerveau ira toujours loin dans les suppositions et hypothèses me concernant.
On est rentré à pas de loup, tard, comme des collégiens ayant fait le mur. Ma mère dormait déjà.
Finalement, je m'attendais à un dimanche ennuyeux : c'est clair que ce n'était pas des plus rock n roll mais bon...
Déjà, pas de gatisme à s'extasier devant les petites dernières toute la journée : l'une a passé le repas devant Disney Channel (pour une fois, béni soit le F.: Disney lol) et l'autre était, hélas, très malade... Evidemment, on les voit trop peu pour qu'elles soient attachées à nous. Mais elles sont polies et très calmes : des enfants de rêve donc...
Bertrand (le compagnon de la plus jeune de mes cousines) est moins indifférent qu'il en a l'air. Je m'attendais à ce que ce grand garçon à la figure rougeaude me parle de voitures et de sa Porsche, comme lors du mariage de ma soeur. Et non... Déjà, son beau-frère le journaleux le méprise donc, ça ne peut que nous rapprocher : un bon point pour lui. De plus, il aime les bons plats, il ne rechigne pas sur un bon vin : il est curieux d ailleurs des gouts et des recettes de sa belle mère.
A un moment, le cousin a vendu la mèche en expliquant que Bertrand semblait se remettre de l'élection de Sarko. Il s'est tourné vers moi, me prenant à témoin comme quoi je devais être content qu'un homme aussi énergique que Sarko soit élu. Il a qd meme jugé bon de me demander si je l'appréciais.
Ma réponse a été qq peu cinglante (je dois l'avouer) :
"Non, pas du tt : lui, son système et tt ce qu'ils véhiculent sont à gerber"
Mon père, ce filou, était aux anges. Ceux ci sont alors passés en cortège sur le repas.
Mais le repas s'est bien terminé, sur un Saint-Honoré (décidément, tt pour plaire).
Bertrand et moi nous sommes surpris à préférer tous les deux un Earl grey, au café.
Le journaliste de mari de la cousine a peu parlé. Et c'est tant mieux.
Le reste fut agréable. Mon cousin m'a fait voir les dernières acquisitions de sa bibliothèque personnelle. Au moins, sur ça, je sais que nous sommes de la meme famille.
Depuis ce matin, les Français, qui ont voté Sarko pour le changement, seront servis...
Le changement est là : pas d'adoucissement sur les radars automatiques, pas d'amnistie présidentielle pour les conducteurs et leurs infractions automobiles.
Les mals garés paieront, les empressés chopés trinqueront...
Pas d'amnistie présidentielle : le Roi ne gracie plus.
Or le roi est mort et vive le Roi
Sauf que le Roi précédent n'est pas mort...
... Dans les mois à venir, Jacques Chirac a intéret à faire gaffe où il garera sa voiture.
Le roi Ubu mais qui Ubu boiera
Je suis parti à l'heure.. Climat lourd.
Ras le bol..
Sur la route, du monde..
Ras le bol..
Charmant coup de fil de B.
Nous avons plaisanté et ri
Malgré la pluie battante
"- Tu as un véhicule amphibie?
- Tu parles, même pas eu le tps de batir une arche aujourd hui..."
J'adore sa voix et son sourire...
Echange de textos..
Il y a des choses qu on ne peut pas dire en face.
Le ciel s'est fait de plus en plus bas, noir, menaçant...
Vent qui se lève, déchainement d'éclairs
Beau comme un orage
Beau comme un orage
La phrase résonne dans ma tête
Appel de Titine : elle regarde aussi l'orage, excitée comme une puce
Elle n'a pas peur, moi non plus
Depuis tt petit, les orages me fascinent, m'amusent, m'attirent
Beau comme un orage encore
Tout voir, tout regarder : la nature est dans sa majesté
On est rien, on redevient petit devant un orage
Beau comme un orage
La formule me repasse par la tête
Nous rions, elle et moi : elle viendra manger ce soir,
Avant mon départ... Chic !
Je rentre et Mamie Caniche est à sa fenêtre,
Elle suçote ce qui doit être un abricot, profitant de l'acalmie
Elle a peur de l'orage... Je souris intérieurement
La chatte court partout dans l'appart, heureuse elle aussi
Nous chahutons
C'est le week-end
J'écoute : Lunatico de Gotan Project
Je regarde : les gens qui passent, assis à la terrasse des cafés
Je lis :
- Pour Jamais - Eric Jourdan
- un autre traité maçonnique
- Clarissa - Stefan Zweig
Je joue : avec mes cheveux décidément trop longs
Je mange : du saumon fumé
Je bois : un verre de Picpoul frais
Je cite : Groucho Marx
Je pense : aux Calanques
Je rêve : toujours pas
Posons les faits:
1. Il y a cinq maisons de 5 couleurs différentes.
2. Dans chaque maison vit une personne de nationalité différente.
3. Chacun des 5 propriétaires boit un certain type de boisson,
fume un certain type de cigares et garde un certain animal domestique.
La question: qui a le poisson?
Pour vous aider, quelques indices (évidemment sinon on ne peut pas la résoudre lol) :
1. L'Anglais vit dans une maison rouge.
2. Le Suédois a des chiens comme animaux domestiques.
3. Le Danois boit du thé.
4. La maison verte est à gauche de la maison blanche.
5. Le propriétaire de la maison verte boit du café.
6. La personne qui fume des Pall Mall a des oiseaux.
7. Le propriétaire de la maison jaune fume des Dunhill.
8. La personne qui vit dans la maison du centre boit du lait.
9. Le Norvégien habite la première maison.
10. L'homme qui fume les Blend vit à côté de celui qui a des chats.
11. L'homme qui a un cheval est le voisin de celui qui fume des Dunhill.
12. Le propriétaire qui fume des Blue Master boit de la bière.
13. L'Allemand fume des Prince.
14. Le Norvégien vit juste à côté de la maison bleue.
15. L'homme qui fume des Blend a un voisin qui boit de l'eau
J'écoute : toujours (et en boucle) Release the Stars - Rufus Wainwright (because "this album is dedicated to my mother who still whispers in my ear that I'm GREAT" - merci encore mon loup pour ce cadeau inattendu)... Ba oui, j aime la voix triste et désabusée de Rufus
Je regarde : le temps qui passe
Je lis :
- Megalomachine - Mark Leyner
- un autre traité maçonnique
- Mémoires de Casanova
Je joue : avec les mots
Je mange : léger
Je bois : un Baccardi Tonic
Je cite : Churchill
Je pense : à bcp bcp trop de choses
Je rêve : toujours éveillé (dodotage de 3h30 à 6h11 cette nuit lol oui oui 6h 11 !)
« Un mouchoir au creux du pantalon je suis chevalier d'Eon... » chantait Mylène Farmer en 1987 dans Sans Contrefaçon.
Il y a 197 ans, le 21 mai 1810, disparaissait le chevalier d'Eon de Beaumont.
L'histoire de ce singulier personnage a longtemps occupé l'attention publique : tantôt homme, tantôt femme, tantôt paré comme une lady, tantôt harnaché comme un militaire, il a la douceur d’une femme, le coup d’épée d’un gentilhomme et le caractère trempé. Né à Tonnerre, le 5 octobre 1728 ; d’Eon travers le 18ème siècle à bride abattue : capitaine des dragons, chevalier de Saint-Louis, docteur en droit civil, il s'est distingué par sa valeur guerrière mais aussi, par ses talents de diplomate et d’écrivain.
A 21 ans, il est avocat au Parlement de Pairs.
Trav’ ? Hermaphrodite ? Bisexuel ? Asexué ? Métrosexuel et übersexuel à la fois ? Qu’est-il ? En était-il une ? En était-il un, Eon, dans ce siècle des Lumières ?
Charles-Geneviève-Louise-Auguste-Andrée-Thimothée (3 prénoms masculins et 3 féminins) d’Eon de Beaumont aimait l’ombre et la lumière. Côté lumière, ce fils de directeur des domaines du roi a été censeur royal pour l’Histoire et les Belles-Lettres. Côté ombre, il a été un agent du « secret du Roi », service secret dirigé par le Prince de Conti : donc un espion plongé dans l’action des cours d’Europe de l’époque.
Remarqué par Sa majesté lors d’un bal de carnaval, vêtu en marquise, il n’a pas manqué de peu de « tendre le royal ressort intime » de Louis XV. Amusé de cette méprise et de ces atouts, celui-ci l’envoya, en 1755, en Russie pour y être lectrice de la tsarine, sous le pseudo de Lia de Beaumont. Elisabeth, impératrice clairvoyante et au fait des choses du beau sexe, perça la réalité sous le déguisement et tenta de consommer le nobliau français. Ce dernier resta mol et s’en fût traité de fol.
On le retrouve comme aide de camp (en homme) du comte de Broglie puis, envoyé spécial en Angleterre (en femme). A Londres, il fait jaser : ambassadeur plénipotentiaire, il se fâcha avec l’ambassadeur en poste. Procès, bouderie, chantage, empoisonnement, toujours est-il qu’Eon garde des lettres compromettantes de Sa Majesté sur un possible débarquement des troupes français, plan dont il a participé à la mise au point.
Les Britanniques prirent des paris : Le chevalier a-t-il un trois-pièces-cuisine ? Les bookmakers reçurent jusqu’à 2 millions de livres à cette loterie. Faisant fi, d’Eon dit et se défend : il enchaîne duel sur duel, passant au fil de sa lame les détracteurs et autres diffamateurs. Le duc d’Aiguillon (le bien nommé !) lui écrivit : « Homme ignoré, vous devenez femme célèbre ».
En 1774, Beaumarchais est envoyé à Londres pour récupérer les lettres secrètes du transformiste le plus célèbre de son temps. Il essaya de voir sous ses jupes et de faire toute la lumière sur les mystères du Chevalier. Il s’attira une réponse cinglante de ce dernier : « Jean-Foutre, que j’aie une queue ou que je n’en ai pas, qu’est-ce que cela te fait ? On ne te demande point de faire assaut contre une queue ! », avant de signer « ta petite dragonne ».
Le bruit courut même que les deux agités allaient se marier ! (sic)
Dans son exil de Londres, il reçut tout à coup de M. de Vergennes, ministre du nouveau souverain Louis XVI (qui pour le coup a peu le sens de l’humour) l'ordre de reprendre les habits de son sexe s'il voulait rentrer en France.
Après maintes péripéties, une transaction de plus de vingt pages fut conclue, stipulant notamment la remise intégrale des documents et que la chevalière ne quittera plus jamais ses vêtements féminins. En échange de quoi la rente viagère lui était accordée. Les négociations ont duré quatorze mois. D'Éon quitta Londres en août 1777 et se présenta à la cour en capitaine de dragons. Une ordonnance fut prise par le roi lui donnant ordre « de quitter l'uniforme de dragons qu'elle continue à porter et de reprendre les habits de son sexe avec défense de paraître dans le royaume sous d'autres habillements que ceux convenables aux femmes ». Pourquoi diantre Louis XVI voulait-il le faire passer pour une femme ? (Le roi serrurier a, seul, la clé de l’énigme). Il fut exilé à Tonnerre, où il y resta six ans.
On ignore les motifs secrets de cette mascarade politique, à laquelle Eon de Beaumont consentit. En novembre 1785, il regagna la Grande-Bretagne et perdit sa rente. Il se retrouva dans une demi-misère et est recueilli par une dame britannique de son âge, Mrs Cole. Il accueillit favorablement la révolution française, proposant même à l'Assemblée nationale de conduire une unité d'Amazones. Il se vit accorder un passeport, mais la déclaration de guerre du 1er février 1793 et de lourdes dettes le contraignirent à demeurer sur le sol britannique. Sous son nouveau costume, réduit à la misère par suite des événements de la révolution française, l’imagerie populaire retient un assaut d'armes, à Londres, avec le célèbre chevalier Saint-Georges. On rencontre souvent une vieille gravure qui représente cette séance d'escrime qui fit grand bruit. En effet, agacée, la « chevalière » se mesura au meilleur bretteur de l’époque. En robe à panier et décolleté en dentelles, d’Eon se mit en garde et releva son jupon avec les dents. Quelques minutes plus tard, Saint –Georges était touché à 7 reprises et baissa pavillon.
Le chevalier d'Eon a vécu jusqu'à l'âge de 82 ans sous l’apparence d’une vieille dame. Dans ses dernières années sa misère fut soulagée par plusieurs amis, au nombre desquels fut le P. Elysée, alors premier chirurgien de Louis XVIII. En 1804, il est emprisonné pour dettes. Libérée, la chevalière vivra encore quatre ans dans la misère, avant de mourir, à Londres, le 21 mai 1810.
En effectuant la dernière toilette de la défunte, on découvrit avec stupéfaction que cette vieille dame... était un homme. Un chirurgien accompagné de plusieurs membres de la Faculté médicale de la Grande-Bretagne déclara dans un rapport médico-légal, le 23 mai 1810 : « Par la présente, je certifie que j'ai examiné et disséqué le corps du chevalier d'Éon et que j'ai trouvé sur ce corps les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports ».
Allumé transformiste ? Garçon passé maître dans l’art de se déguiser et de se grimer à la cour ? Eon cultiva le mystère tout en étant en accord avec lui-même (le fameux accord d’Eon, bien sur).
Un sexologue catalogua « l’éonisme » comme une pulsion d’inversion.
Enfin, ça ne s’invente pas : Charles-Geneviève d’Eon est enterré dans le Middlesex… Tout un symbole
Après Malte, ça a donc été Brégançon, le lieux de villégiature privilégié (enfin après le Japon, le Maroc, Maurice...) de Jacques Chirac (inoubliable de mauvais gout, en short, mocassins et chaussettes)
Cécilia Sarkozy a pris quelques jours de repos au fort de Brégançon, sur la côte varoise. Nabotléon l'a rejointe pour le week-end.
Deuxième séjour de vacances en une semaine, voilà qui réjouira la France qui se lève tôt et qui ne prend pas de vacances...
De son côté, la madone socialiste Ségolène Royal est partie en vacances à Tunisie. Si elle a emmené avec elle sa préogéniture déjà agée, elle a laissé en France son (officiel) "compagnon" François Hollande.
Chirac, pour ses 12 et quelques années de bons et loyaux mensonges et 40 années de trahisons et détournements en tous genres, est parti se reposer dans un palace au Maroc...
Décidément, pour ces messieurs-mesdames qui nous vendent et vantent la France ttes les 5 secondes, le patriotisme touristique, il n'y a que ça de vrai....(sic)
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!
Insomnie encore...
Le chat aussi apparemment... Mais bon elle a tellement dormi hier tte la journée et une bonne partie de la nuit, pendant que j'écrivais.
J'ouvre les volets : ciel gris qui ne dit rien qui vaille
Un vieux monsieur attend le bus avec un sac et une valise à roulettes : vers où peut il partir en ce jour où tt le monde a déjà déserté?
Je bois mon jus d'orange.
Réflexion rapide et inutile.
Comment faisaient les hirondelles avant l'invention du téléphone?
J'écoute : Release the Stars - Rufus Wainwright (because "this album is dedicated to my mother who still whispers in my ear that I'm GREAT" - merci mon loup pour ce cadeau inattendu)
Je regarde : que je n'ai jamais de monnaie sur moi
Je lis :
- Megalomachine - Mark Leyner
- un traité maçonnique
- La jeunesse est un art - Oscar Wilde
Je joue : avec les mots
Je mange : japonais
Je bois : un verre de Saint Joseph 2004
Je cite : ma grand-mère
Je pense : au Sud
Je rêve : à demain
Les Romains, les Grecs, les Juifs et les Egyptiens semblaient tous d'accord : 1,618 était le
nombre d'or, le nombre de l'harmonie universelle, le nombre de la création, le nombre de Dieu, le Créateur.
Le nombre utilisé partout dans l'ordre caché de la Création et qu'il fallait donc employer dans les édifices dédiés au Créateur afin de s'en rapprocher. Empreint de mystère, objet d'un culte tantôt religieux, tantôt magique, le nombre d'or influence inconsciemment la vision occidentale de l'harmonie.
Chez les Grecs, avec le développement de la géométrie, la secte secrète des pythagoriciens en avait fait un symbole d'harmonie universelle, de vie, d'amour et de beauté. Au Moyen-Age, les savants, les pères de l'église, les bâtisseurs, les maîtres d'ouvrages ou maîtres d'oeuvre, se réclament de la doctrine platonicienne des corps cosmiques, les cinq polyèdres réguliers, et ont fait du nombre d'or, "la divine proportion", un modèle de perfection esthétique et philosophique."
Le nombre d'Or est appelé Phi. On le désigne par la lettre grecque ( phi ) en hommage au sculpteur grec Phidias (né vers 490 et mort vers 430 avant J.C) qui décora le Parthénon à Athènes.
Quelques repères historiques :
- Il y a 10 000 ans : Première manifestation humaine de la connaissance du nombre d'or dans le Temple d'Andros (découvert sous la mer des Bahamas).
- 2800 av JC : La Pyramide de Khéops a des dimensions qui mettent en évidence l'importance que son architecte attachait au nombre d'or. D'après Hérodote, des prêtres égyptiens disaient que les dimensions de la Grande Pyramide avaient été choisies telles que : "Le carré construit sur la hauteur verticale égalait exactement la surface de chacune des faces triangulaires"
- Au Ve siècle avant J-C. (447-432 av.JC) : Le sculpteur grec Phidias utilise le nombre d'or pour décorer le Parthénon à Athènes, en particulier pour sculpter la statue d'Athéna Parthénos . Il utilise également la racine carrée de 5 comme rapport.
- Euclide
Au IIIe siècle avant J-C. : Euclide évoque le partage d'un segment en "extrême et moyenne raison" dans le livre VI des Eléments.
Une droite est dite coupée en extrême et moyenne raison quand, comme elle est toute entière relativement au plus grand segment, ainsi est le plus grand relativement au plus petit. Euclide, Eléments, livre VI, 3ème définition.
- Fibonacci
1175 : Fibonacci est né à Pise. Son vrai nom est Léonardo Pisano. Fibonacci est un surnom qui vient de filius Bonacci qui veut dire fils de Bonacci. (Bonacci signifie chanceux , de bonne fortune). Il était l'un des plus grands mathématiciens du moyen-âge. C'est lui qui a introduit la numération décimale et l'écriture arabe des chiffres en Occident, en ramenant dans son livre Liber abaci, les connaissances acquises en Algérie où travaillait son père. En 1202 , il écrit un livre "liber abaci" qui porte sur les méthodes algébriques et des problèmes.Dans cet ouvrage, il émet l'idée que l'arithmétique et la géométrie sont liés; mais aussi il met l'accent sur les neufs symboles indous de la numération ainsi que le signe zéro. Fibonacci fut sans doute le mathématicien le plus habile de toute l'époque médiévale chrétienne.
Le problème de son livre qui a le plus inspiré les mathématiciens est le problème des lapins : "Combien de couples de lapins obtiendrons-nous à la fin de chaque mois si commençant avec un couple, chaque couple produit chaque mois un nouveau couple, lequel devient productif au second mois de son existence."
Ce problème donne lieu à la suite de FIBONACCI :
1 ; 1 ; 2 ; 3 ; 5 ; 8 ; 13 ; 21 ; 34 ; 55 ; 89 ; 144 ; 233 ; 377 ;....
Chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent : Un = Un-1 + Un-2 .
(On connait l'usage que Dan Brown fit des travaux de Fibonacci dans son best seller)
- 1498 : Fra Luca Pacioli, un moine professeur de mathématiques, écrit "La divine proportion" illustrée par Leonard de Vinci.
- Au XIXème siècle : Adolf Zeising (1810-1876), docteur en philosophie et professeur à Leipzig puis Munich, parle de "Section d'Or" (der goldene Schnitt) et s'y intéresse non plus à propos de géométrie mais en ce qui concerne l'esthétique et l'architecture. Il cherche ce rapport, et le trouve (on trouve facilement ce qu'on cherche ...) dans beaucoup de monuments classiques. C'est lui qui introduit le côté mythique et mystique du nombre d'or.
- Au début du XXème siècle : Matila Ghyka, diplomate roumain, s'appuie sur les travaux du philosophe allemand Zeising et du physicien allemand Gustav Theodor Fechner ; ses ouvrages L'esthétique des proportions dans la nature et dans les arts (1927) et Le Nombre d'or. Rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale (1931) insistent sur la prééminence du nombre d'or et établissent définitivement le mythe .
- Au cours du XXème siècle : des peintres tels que Dali et Picasso, ainsi que des architectes comme Le Corbusier, eurent recours au nombre d'or. Le nombre d'or véritable petit nirvana arithmétique a été une voie privilégiée de communication avec l'au-delà...
1945 : Le Corbusier fait bréveter son Modulor qui donne un système de proportions entre les différentes parties du corps humain.
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Phi apparaît dans toute la vie et l'univers. Certains croient que de lui émanent les résultats les plus efficaces, le résultat des forces normales. Certains voient en lui une constante universelle de conception, la signature de Dieu.
Cette même proportion est utilisée pour réaliser l'équilibre, l'harmonie et la beauté dans ses propres créations d'art, d'architecture, de couleurs, de conception, de composition, d'espace et même de musique.
De nombreux artistes ont fondé leurs œuvres sur des ossatures géométriques. La recherche d'un tracé régulateur , ou schéma géométrique peut-être effectuée par deux méthodes :
- L'inductive : dégager les nœuds et les lignes essentielles de la composition , puis rechercher si le réseau peut-être rattaché à tel nombre ou à telle figure géométrique.
- La déductive : partir d'un réseau géométrique et vérifier que ledit réseau comporte tous les nœuds et les lignes essentielles de la composition .
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Quelques exemples :
Le labyrinthe de la cathédrale de Reims
Avant d'être détruit par les chanoines au XVIIIe siècle, le labyrinthe de Reims mesurait 10, 36 mètres de large. De base carrée, il occupait les 3ème et 4ème travées de la cathédrale en partant de la façade occidentale.
Selon Dominique Naert, "le labyrinthe de Reims répond à la résolution de la quadrature du cercle : la solution qui consistait à résoudre le problème des bâtisseurs, qui ne savaient comment calculer la surface d'un cercle, était déjà énoncée 1800 ans avant Jésus-Christ, dans la papyrus de Rhind trouvé à Luxor. En effet, si à partir du VIe siècle en Inde, les savants avaient trouvé la solution de Pi (3,1416), il faudra attendre le XVIIe siècle pour qu'en France les mathématiciens résolvent définitivement le problème. Pour les bâtisseurs du Moyen-Age, la solution consistait à réaliser, géométriquement, un cercle de la même dimension qu'un carré dont on savait calculer la surface : de trouver ainsi la construction géométrique qui permettrait de réaliser un carré de la même surface que le cercle correspondant."
Les proportions du labyrinthe suivent les procédés mathématiques définis par Léonard de Pise (dit Fibonacci) dans son "Liber Abaci" en 1202. La suite de Fibonacci consiste à additionner les deux termes précédents (1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55 ...) et le rapport entre chaque terme (2/1 , 3/2, 5/3 ...) correspond au nombre d'or : 1,618.
La proportion 2/1 est celle de la pyramide de Khéops, des Temples Egyptiens et Grecs mais aussi celle du Temple de Salomon. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant soulignent que dans "la tradition kabbalistique, reprise par les alchimistes, le labyrinthe remplirait une fonction magique, qui serait un des secrets attribués à salomon. C'est pourquoi le labyrinthe des cathédrales serait appelé labyrinthe de Salomon. Aux yeux des alchimistes, il serait une image du travail entier de l'oeuvre, avec ses difficultés majeures : celle de la voie qu'il convient de suivre, pour atteindre le centre, où se livre le combat des deux natures ; celle du chemin que l'artiste doit tenir pour en sortir.
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Définition et valeur du Nombre d'Or
Le nombre d'or est la solution positive de l'équation :
x²-x-1=0
soit
(1+racine de 5) divisé par 2
Phi ( = 1,618033988749895) est donc tout simplement un nombre irrationnel comme pi ( p = 3,14159265358979...) mais avec beaucoup de propriétés mathématiques peu communes .
Phi sert de base à la section, au rapport ou au moyen d'or
Le rapport, ou la proportion, déterminée par Phi (1,618...) a été connu avec les Grecs en tant que " division d'une ligne à l'extrème et le rapport moyen " et avec des artistes de la Renaissance car " la proportion divine " il s'appelle également la section d'or, le rapport d'or et le moyen d'or .
Phi, comme pi, est un rapport défini par une construction géométrique
Tout comme pi ( p) est le rapport de la circonférence d'un cercle à son diamètre, phi ( ) est simplement le rapport des segments de ligne qui résultent quand une ligne est divisée dans une manière très spéciale et unique.
Phi avec un "P" majuscule est 1,61803398 8 7,,,, tandis que le phi avec un "p" minuscule est 0,6180339887, le réciproque de Phi et également de Phi sans 1.
Ce qui rend le phi égal plus peu commun est qu'il peut être dérivé de beaucoup de manières et révèle dans les rapports dans tout l'univers.
Ainsi, Phi apparaît dans :
- Les proportions du corps humain
- Les proportions de beaucoup d' autres animaux
- L'ADN
- Le système solaire
- L'Art et architecture
- La musique
- La croissance de population
- Le marché des actions
- La bible et en théologie
- La Nature
Dans cette dernière, on distingue des spirales sur beaucoup de végétaux comme par exemple les cœurs de tournesol , l'écorce des ananas ou bien l'écorce des pommes de pin. Ce qui est étonnant, c'est que la suite de FIBONACCI et l' ANGLE D'OR se retrouvent dans ces spirales .
Exemple: Une fleur de tournesol est constituée de deux groupes de spirales. Différents chercheurs l'ont expliqué par la croissance des plantes et ont utilisé des modèles informatiques et des expériences de laboratoire .
D'après les chercheurs l'apparition des spirales est basée sur l'angle d'or égal à 360°/(1+phi)=137,5°. La croissance de la plante forme deux séries de spirales tournant en sens contraire. Le nombre de ces spirales correspond dans chacun des cas à deux termes consécutifs de la suite de FIBONACCI. Par exemple (13; 21) ou (34;55) ou (55;89) ou (89;144).
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Le nombre d'or et l'ADN
La spirale d'ADN est une section d'or.
La molécule d'ADN, le programme pour toute la vie, est basée sur la section d'or. Elle mesure 34 angströms longtemps par 21 angströms au loin pour chaque plein cycle de sa double spirale de spirale.
Or, 34 et 21, naturellement, sont des nombres de la série de Fibonacci et leur rapport, 1,6190476 rapproche étroitement le phi, 1,6180339.
L'ADN a des spirales dans des proportions de phi
L'ADN dans la cellule apparaît comme une spirale bicaténaire.
Cette forme d'ADN a deux une cannelure de ses spirales, avec un rapport de phi dans la proportion de la cannelure principale avec la cannelure mineure, ou approximativement 21 angströms à 13 angströms.
Donc, la section transversale d'ADN est basée sur Phi
Une vue en coupe à partir du dessus de la spirale de double d'ADN forme un decagon.
Un decagon est essentiellement deux pentagones, avec un tourné par 36 degrés à partir de l'autre, ainsi chaque spirale de la double spirale doit tracer hors de la forme d'un pentagone.
Le rapport de la diagonale d'un pentagone à son côté est Phi à 1. Ainsi, aucune matière que la manière vous la regardent, même dans son plus petit élément, ADN, et la vie, est construite en utilisant le phi et la section d'or.
Emprisonné par le diable,
Insignifiant grain de sable,
Glacé au fond de moi,
J’ai perdu ces appuis,
Ces ailes qui me donnaient,
La chance de m’envoler,
Loin de cette réalité,
Loin de ce monde gris, désenchanté,
Alors j’ai mis une bouteille à la mer,
Cette bouteille et ce message sincère,
Avec tout ces mots,
Que je veux te dire,
Allonger tous ces maux,
Je ne peux que les écrire,
Pour qu’un jour ils te parviennent,
Et que tu comprennes mes espoirs et ma peine,
Et je tiens cette flamme,
Enserrée, au plus profond de mon âme,
Là où Satan ne pourra s’en emparer,
Ce que l’on ne pourra jamais m’enlever,
Pourquoi ai-je parfois l’air si froid ?
Les ailes coupées par choix,
Un ange et un démon
Ne pourraient nourrir une telle passion.
Une bouteille a la mer,
Destinée à mon être cher,
Cet être si loin, si près à présent,
Me fait pleurer de joie maintenant,
Cette histoire sans fin,
Cet amour, cette faim,
Pour qu’un jour te parvienne,
Ces mots baignés de joie souveraine,
Emprisonné par le diable,
Insignifiant grain de sable,
Glacé au fond de moi,
J’ai perdu mes appuis,
Ces ailes qui me donnaient,
La chance de m’envoler,
Loin de cette réalité,
Loin de se monde gris, désenchanté,
Alors j’ai mis une bouteille à la mer,
Cette bouteille et ce message sincère,
Avec tout ces mots,
Que je voulais voulu te dire,
Allonger tous ces maux,
Je ne peux que les écrire,
Pour qu’un jour ils te parviennent,
Et que tu comprennes mes espoirs et ma peine,
Et je tiens cette flamme,
Au plus profond de mon âme,
Là où Satan ne pourra s’en emparer,
Ce que l’on ne pourra jamais m’enlever,
Pourquoi ai-je parfois l’air si froid ?
Les ailes coupées par choix,
Un ange et un démon
Ne pourraient nourrir une telle passion.
Une bouteille a la mer,
Destinée à mon être cher,
Cet être si loin, si près a présent,
Me fait pleurer de joie maintenant,
Cette histoire sans fin,
Cet amour, cette faim,
Pour qu’un jour te parvienne,
Ces mots baignés de joie souveraine.
L’un, retenu aux enfers,
Si loin de cette terre,
L’autre captif des cieux,
Torturé par ces dieux,
Si loin de ces rivages,
Un monde encadré de grillages,
Pour toi, j’ai coupé ces ailes,
J’ai renoncé au diable pour une part plus belle…
Et choisîmes cette passion que nous croyions éternelle,
Juste pour toi, juste pour le paradis, un bout de ciel…
(Ibid - Déclinaisons sur ce thème, enfermées dans un flaçon de verre et laissées sur un palier, une nuit d'automne 2005)
Je jette une bouteille à la mer
Avec un petit mot dedans
Cher connu destinataire
Je pense à toi depuis longtemps
Sur quel coin de terre
Au bord de quel océan
Le long de quelle rivière,
Tu m'attend?
Tu peux habiter une île, au soleil
Ou en plein cœur d'une ville, un gratte-ciel
Tu te promèneras un soir, sur la plage
Comme téléguidé, par mon message
Je jette une bouteille à la mer
Je m'en remets au courant
J’y crois dur comme fer
Pour moi, c'est écrit noir sur blanc
Qui peut dire le contraire
Qui peut savoir si vraiment
Une bouteille qu'on jette à la mer
Ne réunit pas des amants?
Tu peux habiter sur une île, au soleil
Ou en plein cœur d'une ville, un gratte-ciel
Bien sûr, ça peut faire sourire
Mais qu'importe.
C'est mon rêve, mon plaisir
Qui l'emporte
Je jette une bouteille à la mer
Avec un petit mot dedans
Cher connu destinataire
Je pense à toi depuis longtemps
Réponds-moi, mais je suggère
Que tu t'y prennes autrement
Utilise la voie des airs
On gagnera du temps
Utilise la voie des airs
Si tu m'aimes vraiment
Je jette cette bouteille à la mer
Elle contient mon âme dont la tienne est héritière…
Tu vois, il y a le bout du monde ?
Et bien moi, c’est après…
C’est là-bas, plus loin, que je trouve la saveur,
La source de mes envies,
Le goût de ma vie,
La rectitude de mon cœur.
Nous ne réalisons la chute du sable que lorsqu’elle touche à sa fin.
Et jusqu’alors il paraît vain d’y réfléchir.
C’est au dernier instant, lorsqu’il n’est plus temps que naît en nous l’envie de méditer.
Petite extrait d'une conversation, hier soir avec un ami
- Lui : "mais Sarkozy ça peut ne pas etre mal : il va moderniser les choses qd meme"
- Moi : "moui mais il y a tt ce qu il y a à coté"
- Lui : "tu es qd meme d'accord qu il y a des choses à réformer. Il va mettre un coup de pied au c.. aux assistés et aux chômeurs qui br... rien"
- Moi : "moui.. sans doute, je n'en disconviens pas, il y en a qui abusent du système. Mais bon, on est tous des demandeurs d'emploi potentiels, de nos jours... Toi comme moi ! Personne n'est à l 'abri, qq soit l'age"
et de rajouter :
- "en +, si il veut me botter les fesses, il va falloir qu il lève le pied haut, le nabot car je te rappelle que je fais 1m90 alors, soit il prend l escabeau, soit il est doué en french cancan !!!"
Vers la fin de sa vie, dans son exil hélénien, à Longwood, Napoléon était entouré de son dernier carré de proches et fidèles.
Un jour, il demanda :
"Que dira-t-on de moi qd je ne serais plus de ce monde?"
Gourgaud, officier de fortune, brave mais fanfaron :
Le "génie militaire se souviendra du stratège, du conquérant, de l'homme de pouvoir et l'Empereur de tous les Français"
Bertrand, homme faible et bon, qui ne sut se résoudre à quitter l'ile :
"L'histoire retiendra l'Empereur de tous les Français, le modernisateur du pays, le créateur du Code et des grandes lois"
Las Cases, qui fit le sacrifice de sa liberté pour suivre son maitre, répondit :
"Majesté, on dira que la France s'est honteusement trompé, a perdu un grand homme et ne s'en remettra pas"
Montholon, au fond pauvre sujet qui passe dans le microcosme de Longwood, pour un menteur et un courtisan :
"Votre Altesse, le monde aura perdu son axe, son soleil portant ombrage sur les rivaux européens, le génie français conquérant"
Et Napoléon, finissant, conclut :
"Vous n'etes pas du tt : on dira simplement "oufff""
Aujourd'hui, Napoléon le grand (40 ans de mensonge et de tromperie avec une France cocufiée mais consentante quand meme) s'en va pour une retraite dorée, avec sa VRP du sac et de la permanente.
Napoléon le petit arrive...
il y a des jours, j'aimerais avoir le talent de Victor Hugo, pour écrire "demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne"...
Je sors du boulot. Il fait un temps dégueulasse : mi figue-mi raisin, mi fugue-mi raison.
J'ai qq chose de triste en moi : c est lundi.
J'appelle Philippe. Il n'a pas l'air enchanté d'aller chez le dentiste pour sa dent de sagesse. Est-on encore sage qd on a la quarantaine? Ce grand garçon va passer entre les mains du Chirurdent et il n'aime pas ça. Comme les enfants n'aiment pas ça.
Philippe, c'est un personnage. Non, c'est une personnalité. Discret le qualifie parfaitement. Discret et terriblement à l'écoute, altruiste. Oui, altruiste. Doux et reposant. Je l'écoute parler et parfois j'entends Jean-François. J-F aussi, c'est quelqu'un. Tous les deux manient la gentillesse, non pour faire gentil mais car ils le sont foncièrement.
Je me rappelle ce jour où j'ai poussé la porte de la Bouquinerie : ces piles de livres. Les nouveautés directement en entrant, mêlant politiques et fictions, romans et beaux livres. L'extérieur étant réservé aux ouvrages peu chers : les SAS pris par le vent et la poussière, des vieux bouquins de sciences fiction jaunis à 2 francs (à l'époque). Oui, c'est ça : la Bouquinerie, c'était comme chez le fleuriste. Une façade. De belles plantes à l'extérieur. Une serre luxuriante à l'intérieur. Des gens venant pour fleurir leur intérieur. Après être entré, sur la gauche, un mur de livres de poche. Que de pépites je n'ai trouvées là ! En se retournant, les BD mais ce n'était pas pour ça que j'étais là! Et enfin, les bouquins de sociologie, de grammaire, d'histoire. Au pied, quelques polards et policiers, à droite les Agatha Christie et les Exbrayat, en haut la Série noire. Je me suis fait des collections entières à des pris modiques. La Bouquinerie, on ne se croisait pas de front dans la petite allée derrière. Il y avait des pans de rayons sur lesquels je ne m'attardais pas : Jean-François ne les avait pas dans son magasin par gout personnel, c'est évident mais car il voulait être sûr que quelques clients puissent les trouver là.
On poursuivait et on arrivait aux livres régionalistes, juste après ceux sur le cinéma que je feuilletais ou que je lisais carrément. Puis, telles les colonnes d'un temple ravagé par un tremblement de terre, des piles de livres, attendant de trouver leur place dans les rayons ou dans les caisses. Et enfin, derrière son rempart livresque, son haut comptoir, le maitre des lieux, le jardinier, notre jardinier. Le prince en son royaume, notre royaume. Calme, doux, affable, pas commerçant : passionné. La toute première fois où je l'ai vu, j'ai eu l'impression de mille secrets, d'une richesse immense. Je me demandais ce qu'il n'avait pas lu...
J'ai acheté quelques livres. Immédiatement, il arrondissait. Le faisait-il avec tout le monde, je n'ose le croire. Je ne le crois pas de toute façon. J'ai mis du temps à prendre mes repères. J'y allais avec un ami, absorbés comme des gourmets à la contemplation, se poussant du coude devant telle ou telle oeuvre, tel ou tel bouquin. Nous séchions les cours, là où les autres moutonnaient. Des après-midis délicieuses : j 'adore les brocantes, les bouquinites... Mais jamais je n'ai encore retrouvé cette atmosphère.
J'ai mis quelques temps avant de discuter plus longuement avec Jean-François, de me confier. Je ne sais plus depuis quand s est entamée la complicité. Sans doute le jour où j'y suis allé avec mon chien, qui fidèle à son caractère joyeux et foufou, avait procédé à l'écroulement des piliers du temple avec les battements de sa queue. J'étais géné et cela avait fait sourire J-F, lui qui a beaucoup d humour et qui manie le 2nd degré comme j'aime. J'ai aussi parlé avec son épouse, qui venait l'aider de temps à autre. Quand elle le regarde, on sent qu'elle l'aime, qu'elle a confiance en lui, qu'ils se respectent. C'est un beau couple comme je les aime. Par la suite, j'ai souvent poussé la porte, toujours sans rien rechercher et toujours en trouvant ce que je ne cherchais pas. Comme dans la vie.
Et puis Jean-François a partagé mes doutes, mes colères, mes anecdotes.
Un jour, très mal avec moi-meme, j y suis allé. J'ai fait la connaissance de Philippe. On a parlé et bizarrement, les barrières n'ont pas existé. Au début, je l'aurais appelé Benoit. Je ne sais pas pourquoi. Mais Philippe lui va très bien. On a parlé de la vie, des lectures, des racines, des recherches personnelles à partir de celles ci. Philippe écoute beaucoup, tout comme J-F sait écouter. Il écoute avec ce grand sourire patient des hommes du Nord, cette voix posé, apaisante, calme. Comme Jean-François. Le maitre et l'élève. J'ai raccompagné Phil jusqu'à la station de métro et on a continué à bavarder. Sans doute lisait il en moi certains gouts et certaines amitiés particulières, qui sommeillaient. Amusé et sincère.
Le temps a passé, ma vie sur Paris s'est faite. J'ai revu Philippe, en plein moment de ma tempète intérieure (mais libératoire) pour Christophe. J'ai eu la sensation d'un tournant. J'ai appartenu à cet univers. Philippe était entré dans mon cosmos. J-F était entré dans mon cosmos. La Bouquinerie faisait partie de mon cosmos, un de ces refuges nécessaires.
Phil m'a parlé de ses amours, de ses espoirs déçus, mais de ses espoirs qd meme. Mon prénom ne lui a pas porté chance 2 fois déjà dans sa vie privée. Et pourtant, il m'a adopté. Pourquoi? La question n'est pas intéressante, la réponse non plus : les faits sont là.