Conte du désert
Il était une fois un pauvre chamelier qui habitait très loin dans le désert. Depuis toujours, il rêvait d’une chose : aller à la ville, dont il avait plusieurs fois vaguement entendu parler. Mais sa femme ne voulait pas qu’il aille à la ville. Car, comme on le sait, les femmes ont toujours détesté les rêves de leurs maris (sic). Jusqu’au jour où, comprenant qu’il était vraiment décidé, sa femme lui dit :
«- Va à la ville, puisque tu y tiens tant, mais alors promets-moi de me rapporter un cadeau.
- Oui, dit le pauvre chamelier, je te le promets. Que veux-tu ?
- Je veux un grand peigne en argent pour mettre dans les cheveux et qui est comme un diadème. Surtout n’oublie pas.
- Et si j’oublie ? dit le chamelier. Tu me dit toujours que je n’ai pas de tête. »
C’est le soir. Il fait très chaud dans le désert et on ne voyage qu’après le coucher du soleil. Dans le ciel brille déjà un mince croissant de lune, comme un diadème.
La femme du chamelier lui dit :
« - Si tu oublies le cadeau que je veux, tu n’auras qu’à regarder la lune et tu t ‘en souviendras. C’est tout à fait la même chose ».
Et le chamelier part avec son chameau dans la nuit.
Quand il a fini de voir la ville et au moment où il va se mettre en route pour revenir chez lui, il se souvient qu’il doit rapporter un cadeau à sa femme.
Il le dit au commerçant avec qui il parle.
« Voilà qui est une excellente idée, répond le commerçant. Quel cadeau veut-elle ? ».
Le pauvre chamelier dit : « J’ai oublié. Je me souviens seulement que ma femme m’a dit que, si j’oubliais, je n’aurais qu’à regarder la lune et tout de suite, je saurais ce qu’elle veut.
C’est le soir, puisqu’on ne voyage que de nuit. Mais le pauvre chamelier habitait loin, très loin, dans le désert. Il fallait beaucoup de temps pour aller de son campement à la ville. Le commerçant regarde la lune : elle est pleine et représente maintenant un disque superbe rond et brillant. Il dit :
« - Ta femme veut un miroir. Voilà le cadeau qu’elle attendait. »
Et il lui vend un miroir qu’il enveloppe dans un papier avec de la ficelle.
Quand le chamelier rentre au campement, il dit à sa femme :
« - Tiens, voilà le cadeau que tu m’avais demandé et que je rapporte pour toi de la ville ».
La femme va se mettre dans un coin de la tente, s’accroupit, ouvre le paquet, le regarde et pleure.
Il faut se souvenir que c’était un très pauvre chamelier, que sa femme était très pauvre aussi et qu’elle n’avait jamais vu de miroir.
Sa mère, qui était dans un autre coin de la tente, lui demande :
« -Pourquoi pleures-tu, ma fille ? »
Elle répond :
« - Parce que mon mari ne m’aime plus.
- mais pourquoi dis-tu cela, dit la mère, tu n’en sais rien.
- Si, je le sais, dit la fille en regardant le miroir. Il m’avait promis de me rapporter un cadeau de la ville et ce qu’il m’a rapporté, c’est une autre femme ».
L’histoire pourrait s’arrêter là, mais elle n’est pas finie.
La mère dit : « Ce n’est pas possible qu’il ait fait cela, montre-moi ». Et elle prend le miroir.
La mère est aussi une femme très pauvre qui n’a jamais vu de miroir. Elle le regarde et dit à sa fille :
« Ne pleure plus, ma fille. C’est vrai qu’il a rapporté de la ville une autre femme. Mais tu n’as rien à craindre : elle est très vieille et très laide ».