J'écoute : le vent
Je regarde : la mer
Je lis : les lignes de la main
Je joue : à cache cache
Je mange : la vie
Je bois : la tasse, comme tt le monde (mais j assume)
Je cite : Nonobstant ma bonne volonté, c est avec concupiscence que je conchie les rustres, les pleutres, les goujats, les pisse froids et autres peines à jouir...
Je pense : trop
Je rêve : éveillé (insomnies obligent)
(mis à jour lundi 10 septembre 2007 à 17:25)

15/05/2007

15/05/07 - 01:32

Toothache

Je sors du boulot. Il fait un temps dégueulasse : mi figue-mi raisin, mi fugue-mi raison.
J'ai qq chose de triste en moi : c est lundi.
J'appelle Philippe. Il n'a pas l'air enchanté d'aller chez le dentiste pour sa dent de sagesse. Est-on encore sage qd on a la quarantaine? Ce grand garçon va passer entre les mains du Chirurdent et il n'aime pas ça. Comme les enfants n'aiment pas ça.
Philippe, c'est un personnage. Non, c'est une personnalité. Discret le qualifie parfaitement. Discret et terriblement à l'écoute, altruiste. Oui, altruiste. Doux et reposant. Je l'écoute parler et parfois j'entends Jean-François. J-F aussi, c'est quelqu'un. Tous les deux manient la gentillesse, non pour faire gentil mais car ils le sont foncièrement.
Je me rappelle ce jour où j'ai poussé la porte de la Bouquinerie : ces piles de livres. Les nouveautés directement en entrant, mêlant politiques et fictions, romans et beaux livres. L'extérieur étant réservé aux ouvrages peu chers : les SAS pris par le vent et la poussière, des vieux bouquins de sciences fiction jaunis à 2 francs (à l'époque). Oui, c'est ça : la Bouquinerie, c'était comme chez le fleuriste. Une façade. De belles plantes à l'extérieur. Une serre luxuriante à l'intérieur. Des gens venant pour fleurir leur intérieur. Après être entré, sur la gauche, un mur de livres de poche. Que de pépites je n'ai trouvées là ! En se retournant, les BD mais ce n'était pas pour ça que j'étais là! Et enfin, les bouquins de sociologie, de grammaire, d'histoire. Au pied, quelques polards et policiers, à droite les Agatha Christie et les Exbrayat, en haut la Série noire. Je me suis fait des collections entières à des pris modiques. La Bouquinerie, on ne se croisait pas de front dans la petite allée derrière. Il y avait des pans de rayons sur lesquels je ne m'attardais pas : Jean-François ne les avait pas dans son magasin par gout personnel, c'est évident mais car il voulait être sûr que quelques clients puissent les trouver là.
On poursuivait et on arrivait aux livres régionalistes, juste après ceux sur le cinéma que je feuilletais ou que je lisais carrément. Puis, telles les colonnes d'un temple ravagé par un tremblement de terre, des piles de livres, attendant de trouver leur place dans les rayons ou dans les caisses. Et enfin, derrière son rempart livresque, son haut comptoir, le maitre des lieux, le jardinier, notre jardinier. Le prince en son royaume, notre royaume. Calme, doux, affable, pas commerçant : passionné. La toute première fois où je l'ai vu, j'ai eu l'impression de mille secrets, d'une richesse immense. Je me demandais ce qu'il n'avait pas lu...
J'ai acheté quelques livres. Immédiatement, il arrondissait. Le faisait-il avec tout le monde, je n'ose le croire. Je ne le crois pas de toute façon. J'ai mis du temps à prendre mes repères. J'y allais avec un ami, absorbés comme des gourmets à la contemplation, se poussant du coude devant telle ou telle oeuvre, tel ou tel bouquin. Nous séchions les cours, là où les autres moutonnaient. Des après-midis délicieuses : j 'adore les brocantes, les bouquinites... Mais jamais je n'ai encore retrouvé cette atmosphère.
J'ai mis quelques temps avant de discuter plus longuement avec Jean-François, de me confier. Je ne sais plus depuis quand s est entamée la complicité. Sans doute le jour où j'y suis allé avec mon chien, qui fidèle à son caractère joyeux et foufou, avait procédé à l'écroulement des piliers du temple avec les battements de sa queue. J'étais géné et cela avait fait sourire J-F, lui qui a beaucoup d humour et qui manie le 2nd degré comme j'aime. J'ai aussi parlé avec son épouse, qui venait l'aider de temps à autre. Quand elle le regarde, on sent qu'elle l'aime, qu'elle a confiance en lui, qu'ils se respectent. C'est un beau couple comme je les aime. Par la suite, j'ai souvent poussé la porte, toujours sans rien rechercher et toujours en trouvant ce que je ne cherchais pas. Comme dans la vie.
Et puis Jean-François a partagé mes doutes, mes colères, mes anecdotes.
Un jour, très mal avec moi-meme, j y suis allé. J'ai fait la connaissance de Philippe. On a parlé et bizarrement, les barrières n'ont pas existé. Au début, je l'aurais appelé Benoit. Je ne sais pas pourquoi. Mais Philippe lui va très bien. On a parlé de la vie, des lectures, des racines, des recherches personnelles à partir de celles ci. Philippe écoute beaucoup, tout comme J-F sait écouter. Il écoute avec ce grand sourire patient des hommes du Nord, cette voix posé, apaisante, calme. Comme Jean-François. Le maitre et l'élève. J'ai raccompagné Phil jusqu'à la station de métro et on a continué à bavarder. Sans doute lisait il en moi certains gouts et certaines amitiés particulières, qui sommeillaient. Amusé et sincère.
Le temps a passé, ma vie sur Paris s'est faite. J'ai revu Philippe, en plein moment de ma tempète intérieure (mais libératoire) pour Christophe. J'ai eu la sensation d'un tournant. J'ai appartenu à cet univers. Philippe était entré dans mon cosmos. J-F était entré dans mon cosmos. La Bouquinerie faisait partie de mon cosmos, un de ces refuges nécessaires.
Phil m'a parlé de ses amours, de ses espoirs déçus, mais de ses espoirs qd meme. Mon prénom ne lui a pas porté chance 2 fois déjà dans sa vie privée. Et pourtant, il m'a adopté. Pourquoi? La question n'est pas intéressante, la réponse non plus : les faits sont là.

A chaque retour, invariablement, je me devais d'aller là bas. Aller y retrouver de moi-meme. C'est avec gourmandise que Phil et Jeff écoutaient mes aventures, mes expressions qui les faisaient sourire. Je me rappelle un après-midi d'hiver, tous les trois, derrière le haut comptoir d'imprimeur, sirotant un chocolat, bavardant de la vie, comme on sait le faire. Le temps semblait tjrs s'arreter et je ne faisais jamais le 1/4 du programme prévu sur l'après-midi. J'avais souvent l'impression d'être dans les coulisses, dans l'atelier du père Noel. Des clients parfois complètement louffoques se pointaient et on gardait le sérieux, pouffant de rire, une fois ceux-ci dehors..J'ai beaucoup reparlé avec Philippe. Aussi avec J-F, bien sur. Tous deux m'ont compris. Les ai-je compris? J'espère.
Je pense que J-F est un père pour Philippe, un repère, une stabilité rassurante. Jean-François tient énormément à lui. C'est évident !

Beaucoup pris par le travail, je ne les ai malheureusement pas beaucoup vus ces derniers temps. En appelant le Philou, j'ai appris, il y a qq semaines, que Jean-François avait vendu la Bouquinerie. Ca m'a fait un choc. Les messieurs a barbe blanche et au sourire rieur derrière leurs lunettes vieillissent aussi. Ils ont le droit de se reposer et de s'occuper des personnes qu'ils aiment.
Je n'irai plus à la Bouquinerie. Trop de changement. Ce ne sera plus cette vieille dame tranquille derrière ses hautes vitrines comme une grand mère au coin du feu derrière ses bécicles, avec une vie intense derrière elle. Une âme s'en va et s'éteint. Philippe est orphelin de cet endroit, de ces souvenirs, de ces moments... Jean-François risque de partir dans le Gers, près de sa famille.
Tout ça commence à appartenir tranquillement au passé. Tout ça va me manquer. Tout ça me manque.

Ce soir, je pense à ce grand enfant qui n'aime pas le dentiste. Je pense à lui qui écoute tant, qui observe tout. Discret et respectueux. L'intelligence d'esprit avec la douceur de la voix. Très souvent (hélas) en retrait, il a du beaucoup souffrir, ressentir, vivre et espérer quand meme pour etre comme ça : il connait la valeur des choses, la petite musique de la vie. il la laisse jouer.

Juste après Philippe, mon petit loup m'a appelé pour se voir ce soir. Je me sentais un mauvais compagnon de soirée. J'ai renaclé, dissimulé pour prendre mon temps. Je sais qu'il l'a senti. Il sent tout. J'ai eu aussi Titine avec qui je devais manger et regarder un DVD. Finalement, le loup a rappelé et nous nous sommes vus. J'ai fait la cuisine. Le téléphone a sonné : c'était Linda, notre petit mulot. Ele devait s'ennuyer. Nous l'avons invité à se joindre à nous. Plus de 15 jours que je n'avais pas eu de ses nouvelles, depuis que Bruno est aux Caraibes... La soirée fut douce, drole, enrichissante (comme tjs), tendre (et nous avons réussi à empêcher Titine de fumer - sic). Ils viennent de partir. La chatte dort, blottie dans mon jean dans le canapé. Je dormirai seul cette (courte) nuit.
Ce soir, moi non plus, je n'aime pas les dentistes et j'ai un peu froid.


PS : Philippe, fais une fiche, fais un blog : tu as tant à dire.

commentaires

15/05/07 - 13:12

Woaw...la boule ds ma gorge...Comme elle revit bien la bouquinerie qd tu en parles...Merci,merci,merci....
Pour la fiche et pour le blog,je rassemble mes convictions éparses,sans autorité sur moi-même,et j'observe si je peux en faire qqchose de partageable.Il fait bon te connaître mon doux.
Le dentiste s'en est bien sorti : paroles rassurantes,du genre : "oui...on progresse,ça va...on ne va pas tarder à aboutir,encore un tout ptit peu...plus qu'à finir en passant de ce côté...tiens mais c'est qu'on résiste..."bref ça a duré une éternité mais il en est venu à bout.
Il avait mis radio nostalgie pour calmer l'athmosphère.Qd je me suis assis sur le siège tortural,la musique "Aline" de Christophe a démarré.J'ai eu le sentiment que a mère était là (dcdée depuis 15 ans),et qu'elle voulait me rassurer...On dansait ensemble souvent sur cette musique-là,elle me prenait dans ses bras et on tournait...
Et j'ai pensé à J-F qui m'a aplé un 1/4 d'heure avt la torture,à toi...pour vous dire que je serais fort pour vous.
Cette nuit pas de sommeil.La nausée et la douleur qui cogne,qui tape.Je commence à aller mieux depuis deux heures...
Je te dis tellement merci que je t'en mets partout en désordre.
Et là je file au bilan de compétences,atone...
(Comme ! ) je t'embrasses ! Phi

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